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Meg Wolitzer, La doublure

doublureMa matière principale restait l’anglais, avec un intérêt tout à fait secondaire pour le socialisme.
Joan se trouve avec son mari dans un avion pour Helsinki où il va recevoir un fameux prix littéraire, concurrent du Nobel. Le moment lui semble adéquat pour le quitter après quarante ans de vie commune.
Elle se souvient de la jeune fille qu’elle était, tombée sous le charme de son prof de littérature. C’était en 1953 et, si ses camarades étaient plutôt à la recherche d’un mari, contrairement à elles, Joan se sentait une vocation d’écrivain. Mais c’est son mari John qui deviendra auteur à succès, pendant qu’elle travaillera chez un éditeur ou élèvera leurs enfants. Elle ne semble pas en concevoir de rancœur toutefois, tout au plus une certaine fatigue…

En effet, les femmes, en 1956, étaient toujours confrontées à des limites, à des négociations : où avaient-elles le droit de sortir marcher la nuit ? Jusqu’où pouvaient-elles laisser s’aventurer un homme, en tête-à-tête ?
Je ne sais pas pourquoi on n’a pas vu davantage ce roman sur les blogs.
Parce qu’avec une telle plume acérée, un poil de cynisme, et une excellente traduction, j’ai passé mon temps à noter des citations. Comment ne pas tomber sous le charme d’un roman où la narratrice déclare tout simplement… « Des filles en groupe, c’était aussi rassurant qu’un hachis parmentier », ou ose une telle phrase en racontant sa première relation amoureuse : « C’était mon premier pénis, et il me parut en un sens si pétri d’optimisme, bien plus que son possesseur. » Moi, j’ai craqué pour cet humour à froid, ces images qui prêtent à sourire, sans oublier les descriptions piquantes !

Moi, je ne tenais pas le monde dans ma main. Personne ne me l’avait proposé. Je ne voulais pas devenir « femme écrivain », peintre du monde dans des couleurs d’aquarelle, ou, à l’inverse, une dingue, une casse-couilles, une raseuse épuisante.
Joan dans ses jeunes années se pose déjà des questions sur les femmes qui écrivent, et souscrit à la vision d’une auteure qu’elle a rencontrée. Mais les revendications féminines sont niées dans les années 50, et Joan se retrouve dans une situation qui n’est pas celle qu’elle avait rêvée. Le thème des femmes et de la création court à travers le roman, sans que jamais on n’ait l’impression que l’auteure assène des théories. Elle constate, tout simplement, avec un brin de cynisme qui arrache plus d’un sourire.

Ces hommes, qui possèdent déjà tant, ont besoin d’autant pour se donner des forces. Ils n’ont que des appétits, ils ne sont que bouches béantes, estomacs grondants.
Joan est une femme admirable en apparence, qui comprend et accompagne son mari partout, mais qui craque au bout du compte, à force d’avoir joué les doublures depuis des années. Outre son écriture, la construction du roman est astucieuse, ne provoque jamais un brin d’ennui tant les comparaisons entre les personnages jeunes et les mêmes à la maturité est édifiante ! Une jolie réussite que ce roman (qui conviendra sans nul doute à ceux qui ont aimé De la beauté de Zadie Smith) et je suis ravie d’avoir commencé à lire Meg Wolitzer, car je pressens que ses autres romans pourraient me plaire tout autant !

Meg Wolitzer, La doublure (The wife, 2003) éditions rue Fromentin (2016) traduit par Johan-Frederik Hel Guedj 250 pages

Repéré grâce à Cathulu, Cuné et Nadège.

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45 réflexions au sujet de « Meg Wolitzer, La doublure »

  1. Effectivement, on ne l’a pas beaucoup vu, je note ou je re-note, parce que je l’ai peut-être déjà fait (la fille qui ne s’y retrouve plus dans ses listes 😉 )

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    1. J’ai une liste sous forme de tableau excel, mais ça prend vite des proportions énormes aussi… et du coup, j’efface des titres pour en noter de nouveaux. Bref, je comprends que tu ne t’y retrouves plus ! 😉

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  2. on ne peut jamais ni tout ni même tout noter, hélas!. Je suis (d’après ce que viens de lire sur ton blog) surprise comme toi que ce roman n’ait pas eu plus d’échos dans la blogosphère

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  3. Tu en parles d’une manière très convaincante. Je chercherai le titre à la bibli; le thème m’intéresse. Quel progrès accompli quant au statut de la femme depuis les années 50-60. Je me souviens que les filles devaient faire de la couture dès la sixième pour « apprendre à repriser les chaussettes de leur mari » (dixit le professeur de couture quand nous râlions ! ). Alors que les garçons dans le lycée à côté, (pas de mixité), apprenait la vannerie : les veinards ! Je détestais la couture.
    Bien sûr il y avait plus grave ! Mais c’est un souvenir d’enfance que je te raconte !

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    1. Merci, je suis contente de t’avoir donné envie de lire ce livre. Elle parle très justement (me semble-t-il) des jeunes femmes des années 50 alors qu’elle est née en 59… Moi aussi, j’ai du faire de la couture, je me souviens encore avoir fait un bavoir pour bébé… à douze ou treize ans ! (ça fait vraiment bizarre quand on dit ça maintenant)

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  4. Tu sais que si tu prends « De la beauté » comme référence, je ne peux que dresser l’oreille ! (ce que je n’avais pas fait jusque là, dubitative j’étais !)

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  5. Les citations sont en effet très tentantes… Je l’ai entendue à America mais ne sais pas pourquoi je n’ai pas encore concrétisé…

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  6. C’est marrant, j’ai bien l’auteur et le titre en tête, mais je ne sais plus trop pourquoi … Mais c’était pour une bonne raison, et je note que ce livre vaut le détour.

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