littérature Moyen-Orient·non fiction

Nahal Tajadod, Passeport à l’iranienne

passeportaliranienneJ’ai encore sorti un livre de ma pile à lire, si, si ! Celui-ci est arrivé après trois ou quatre abandons, parce que rien ne sert de se forcer quand on sent qu’une lecture ne vous convient vraiment pas !
Pas de problème avec le livre de Nahal Tajadod, qui est plus un témoignage, sur un mode humoristique, qu’un roman. La narratrice porte en effet son nom, et je pense que ces péripéties administratives pour obtenir un renouvellement de passeport lui sont peu ou prou arrivées, il y a une dizaine ou une quinzaine d’années, le livre étant de 2007.
Si l’obtention d’un nouveau passeport commence par une photo, faite dans les règles de l’art, pas de cheveux apparents, pas de maquillage, pas de sourire, à partir de là s’enchaînent tout une suite d’obstacles dont la photo est bien le moindre ! Heureusement, des photographes aux conducteurs de taxis, des membres de la famille au technicien qui règle les paraboles, tout le monde connaît quelqu’un qui peut aider, ou qui sait l’endroit exact où faire ce fameux passeport, et au plus vite, car Nahal doit donner une conférence à Paris, et y rejoindre son mari scénariste.
Doté de dialogues vifs et souvent réjouissants, de digressions toujours bienvenues sur les habitudes et coutumes de la capitale iranienne, d’une magnifique galerie de personnages, ce récit montre l’attachement de l’auteure au petit peuple de Téhéran, à sa débrouillardise phénoménale, à son art de contourner les règles les plus iniques, à son attachement à tout ce qui est occidental. J’ai adoré particulièrement la manière de refuser poliment tout offre qu’on fait, ce qui donne lieu à une sorte de marchandage inversé nommé le târof.
Une lecture vraiment rafraîchissante et plaisante qui me rappelle les romans de Zoyâ Pirzâd, que j’affectionne aussi, mais j’ai trouvé que le livre plongeait encore plus près des petites gens, et avec un humour qui m’a beaucoup amusée.


Je vous laisse avec quelques extraits :
Le renouvellement de passeport est donc pour mon oncle une affaire sérieuse, presque une tragédie, qui nécessite des somnifères puissants, un conjoint compréhensif et des amis disponibles. L’idée que je vais entreprendre ce combat sans que les conditions soient réunies lui semble inconcevable.

Il faut leur offrir du thé et je n’ai jamais su, en ce qui concerne cette boisson, satisfaire le goût de chacun de mes invités. Certains prennent le thé dans des tasses, d’autres dans des petits verres kamar bârik, « taille fine ». Certains refusent leur thé s’il n’est pas servi dans de grands verres « à la turque » et s’il n’a pas été longuement infusé. Quant à la couleur, elle doit être foncée pour certains, claire pour d’autres. Si par malheur on sert du thé clair à un partisan du té foncé, il le repoussera en le comparant à âb-e zipo, à de la soupe. De la même façon, lorsqu’on offre du thé noir à un adepte du thé clair, il ne le touche pas mais déclare en détournant son regard :
– Retire- moi ce breuvage d’opiomane.


L’auteure :
Nahal Tajadod est issue d’une famille d’érudits iraniens (son grand-père fréquentait Lawrence d Arabie). Elle a quitté l’Iran en 1977, et a étudié en France les langues orientales et travaillé sur l’apport iranien à la culture et à la civilisation chinoises. Elle a participé à la traduction de poèmes de Rûmi et a écrit en 2005 la biographie romancée de ce grand maître du soufisme. Elle est l’épouse du scénariste Jean-Claude Carrière.
314 pages.
Éditeur : le Livre de Poche (2009)
Paru chez Lattès en 2007.

Les avis de A girl from earth, Keisha et Sylire


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25 réflexions au sujet de « Nahal Tajadod, Passeport à l’iranienne »

  1. Il y a pas mal d’auteures iraniennes françaises intéressantes; j’ai lu dernièrement un roman policier de Naïri Nahapétian, prétexte à la découverte de la société iranienne mais ma préférée est Chahdortt Djavann. Par contre je ne connais pas les deux que tu cites.

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  2. Ohlala un de mes (encore nombreux) (soupirs) billets à transférer sur le nouveau blog. Merci de me le rappeler.;-) Je me disais bien que j’avais lu ce livre mais je n’en étais plus sûre (comme quoi, ça sert, un blog, haha !). J’en avais le souvenir d’une lecture qui m’avait beaucoup amusée, comme toi, mais en me relisant, je constate que j’avais été mitigée aussi sur certains aspects. Coïncidence, je suis actuellement plongée dans une autre lecture iranienne, « Désorientale » de Négar Djavadi, et je me régale, moi qui pensais en avoir lu « pas mal » sur le sujet.

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  3. Je voilà fort tentée … Depuis ma lecture de Persépolis, entre autres, ma vision de ce pays a bien changé, et je n’y connais toujours pas grand chose, alors merci pour l’occasion donnée !

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