deuxième chance·littérature France·rentrée automne 2016

Eric Vuillard, 14 juillet

14juilletJe ne prétends pas vous raconter le contenu de ce roman, il est probable que quelques profs d’histoire aient déjà, en leur temps, défloré un peu (on ne disait pas encore « spoilé ») ce qui se passa à cette date. Voilà donc, une journée, pas des moindres, devenue un mythe national, décrite du point de vue du petit peuple de Paris par Eric Vuillard. Il a laissé parler les documents d’archives, les rapports de police, les récits de première main que certains émeutiers ont fait après coup. Et il a tiré de ces documents un récit très vivant, une accumulation tout sauf accablante de détails qui placent le lecteur au cœur de l’action, de Versailles aux Invalides, des bas-fonds de Paris aux fossés de la Bastille.
Ce qui m’a plu dans ce roman : le parti-pris de donner la parole au peuple, pas seulement parisien comme je l’ai dit plus haut, mais venant pour certains des alentours, ou de régions plus éloignées comme le Limousin ou la Bretagne.
J’ai surtout aimé le style, les énumérations de noms propres, métiers, âges et même habillements, le tout donnant vie aux insurgés, j’ai aimé les mots inusités qui se comprennent dans le contexte, l’absence de clichés ou de formules passe-partout. Seuls les changement de temps, passant du présent au passé dans un même paragraphe, me restent assez incompréhensibles, je n’ai pas compris leur logique, ni même s’il y en avait une.

De petits groupes marchent sur les barrières. Ce sont des bandes d’ouvriers, de menuisiers, de tailleurs, gens ordinaires mais aussi des portefaix, des sans-emplois, des argotiers, sortis tout droit de leur échoppe ou du port au Bled. Et dans la nuit de la grande ville, il y eut alors une étincelle, cri de mica. L’octroi fut incendié. Puis un autre. Encore un autre. Les barrières brûlaient.

Les documents d’archives se laissent voir, ou plutôt deviner, derrière le texte d’Eric Vuillard, on sent la matière qu’il a utilisée pour composer son roman et pourtant ce texte est tout à fait personnel, et vraiment littéraire. Vous devez donc vous rendre compte que j’ai plutôt bien aimé ce livre, que j’adhère aux avis positifs lus ici et là, et qu’il n’y a donc guère besoin d’en dire plus !

Extrait : Le numéro 1 est un homme d’environ trente-cinq ans, il porte les cheveux longs noués en catogan, il a le nez aquilin et un visage en lame. Il est vêtu d’une veste de gros drap, d’un gilet rouge à boutons de cuivre, d’une chemise de grosse toile ; il porte un pantalon bleu et un tablier de coutil. Mais l’objet de la visite n’est pas de faire un portrait du défunt, ni de détailler sa vêture ; les émeutiers sont soupçonnés de vol. On va donc leur faire les poches.

Rentrée littéraire 2016
L’auteur :
Éric Vuillard, né en 1968 à Lyon, est écrivain et cinéaste. Il a réalisé deux films, L’homme qui marche et Mateo Falcone. Il est l’auteur de Conquistadors (2009), La bataille d’Occident (2012) et Congo (2013) ainsi que Tristesse de la terre (2014).
200 pages.
Éditeur :
Actes Sud (août 2016)

D’autres avis chez Brize, Clara, Delphine, Keisha, Luocine et Sandrine.
Je n’avais pas réussi à m’intéresser à Tristesse de la terre, le roman précédent d’Eric Vuillard, je lui ai donc accordé une deuxième chance !
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44 réflexions au sujet de « Eric Vuillard, 14 juillet »

  1. Je m’amuse parce que ce que tu as aimé chez lui, c’est ce qui donne des bémols chez d’autres…
    Je ne peux rien te dire sur le changement de temps, je n’ai plus le livre sous la main pour vérifier mon hypothèse

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    1. Mon idée était que les temps différaient selon qu’il s’agissait d’un document ou de l’imagination de l’auteur… mais je n’ai pas réussi à le vérifier de manière certaine.

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  2. Jadore le début de ton billet et oui on peut sans hésiter raconter la fin de son roman : elle a été prise la Bastille et très certainement par un peuple qui ressemblait beaucoup à la description que cet auteur en fait.

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  3. J’aime bien ton billet, il change des autres et on se fait une idée assez concrète du contenu du livre. Le changement de temps dans l’extrait que tu donnes me parle très bien mais je ne suis pas capable d’expliquer pourquoi il provoque chez moi ce plaisir de lecture. En tout cas, j’aime ! Quand je pense que je dis à mes élèves de choisir entre le passé et le présent, de ne pas mélanger les temps dans un même texte… Il m’est arrivé dans des chroniques de commencer à raconter au passé une histoire puis d’enchaîner au présent pour l’effet… mais lequel ?

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    1. Ces changements de temps m’ont un peu agacée, c’est vrai que c’est une chose qu’on apprend (soi-même et à d’autres) à ne pas faire, alors, ça me sautait aux yeux ! Mais tu as raison, cela m’arrive dans mes chroniques aussi ! 😉

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  4. Voilà bien un auteur qui ne laisse pas indifférent. J’ai adoré son « conquistadors » et trouvé « la bataille d’Occident » très moyen, pas abouti à mon sens. Il aime raconter l’histoire, les grands moments. Il a une plume originale. Je me laisserais bien tenter par ce « 14 Juillet ». merci du partage 🙂

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  5. Il est dans ma PAL, probablement le prochain livre de la rentrée que je sortirai. Mina avait su me donner très envie de le découvrir et tu enfonces le clou ! Je suis intriguée…

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  6. Je ne lui ai pas posé la question sur les changements de temps, mince… Ce que j’en pense : peut-être est-il ainsi d’un côté l’écrivain qui écrit, et que le voilà, par la force de l’évocation, parfois transporté à ce moment-là, dans la rue, puis il revient au factuel… bref, l’idée que le fait d’écrire, de décrire le transporte parfois et qu’il est alors sur place et au présent, dans un constant aller-retour… peut-être…

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  7. Je n’ai pas fait attention aux changements de temps, sans doute trop prise par le flot des mots et des noms, un vrai coup de plume sur une journée si souvent racontée qu’on peut ne plus vraiment la voir !

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  8. J’aime bien cette idée de la deuxième chance. Pour l’instant, je n’ai pas donné de première chance à cet auteur, mais ça viendra.

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  9. Déjà noté, ici et là, cet ouvrage semble avoir conquis bien des lecteurs, du coup, je suis bien curieuse de le lire ! La thématique me parle aussi énormément.

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