littérature Amérique du Nord·non fiction·projet 50 états

Alysia Abbott, Fairyland

fairylandQuand je repense à papa aujourd’hui, c’est avant tout son innocence qui me revient à l’esprit. Sa gentillesse. La douceur de ses manières. Ce n’était pas un dur…
Entre enquête et souvenirs, Fairyland est un document émouvant qu’Alysia Abbott écrit sur son père. À l’âge de deux ans, Alysia perd sa mère dans un accident de voiture, et son père, Steve Abbott, veut en assumer seul la garde. Il rejoint rapidement San Francisco et la communauté homosexuelle où il se sent mieux accepté.
En août 1974, un an après la mort de ma mère, mon père et moi franchissions en voiture le Golden Gate Bridge et pénétrions dans la ville qui allait devenir la nôtre. Les mains de mon père étaient agrippées au volant de notre Coccinelle Volkswagen, une cigarette aux lèvres. Sur la banquette arrière, il avait empilé des cartons et des valises, notre tapis oriental, ma petite chaise bleue préférée, et le moins grand de nos aquariums. […] Installée à l’avant, j’ai admiré l’immensité de l’océan qui s’étalait en contrebas. C’était la première fois que je voyais l’océan.
Alysia grandit au milieu des amis de son père, et elle décrit autant ses relations avec son père que les années 70 et 80 à San Francisco. Celui-ci écrit, de la poésie, des articles de journaux, des manifestes activistes concernant les droits des homosexuels. Mais survient le sida qui fait des ravages parmi son entourage, Steve tombe malade à son tour lorsque sa fille est ado.
Le point fort du livre est de donner la parole à Steve Abbott grâce à des passages de son journal que sa fille a retrouvé. Les souvenirs d’Alysia sont parfois en concordance, et parfois en opposition avec les paroles intimes de Steve.
L’auteure relate les faits, ne cherche pas à obtenir l’émotion par des effets d’écriture, et pourtant réussit à toucher le lecteur. Si je n’ai pas eu le coup de cœur que j’imaginais (voilà ce que c’est d’être trop imaginative !), j’ai toutefois aimé cette immersion dans un milieu et une époque que je connaissais peu, sauf par le film Harvey Milk, sur le conseiller municipal et activiste homosexuel de San Francisco. On remarque le travail d’Alysia pour faire remonter ses souvenirs, et rendre au mieux ses sentiments de petite fille, d’adolescente, puis de jeune femme. On partage les inquiétudes de son père concernant l’éducation d’un jeune enfant, ses choix qui ne sont pas toujours faciles, son angoisse par rapport à l’avenir. Ce très beau document mérite d’être connu.

Citation : Il n’était pas facile d’être un père célibataire homosexuel dans les années 1970 […], parce qu’il ne s’était pas senti libre d’être véritablement lui-même durant son enfance et son adolescence à Lincoln, dans notre Fairyland, notre féerie, il m’a élevée au moyen de frontières mouvantes


L’auteure :
Alysia Abbott est la fille unique du poète Steve Abbott. Journaliste et critique, elle vit actuellement à Cambridge, dans le Massachusetts, avec son mari et leurs deux enfants. Son livre sera adapté au cinéma par Sofia Coppola. Alysia Abbott sera présente au Festival America 2016.Logo-America
425 pages.
Éditeur : 10/18 (2016)
Paru aux Etats-Unis en 2013
Traduction : Nicolas Richard

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Repéré chez Céline, Clara et Jostein.

Projet 50 romans, 50 états : la Californie.
Et j’oubliais, c’est le mois américain !


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37 réflexions au sujet de « Alysia Abbott, Fairyland »

  1. Je suis curieux : j’aurais aimé savoir ce qui t’a empêchée d’avoir le coup de coeur attendu. Tu peux nous en dire un peu plus ? 😉

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    1. Ce n’est pas une question à laquelle il est forcément facile de répondre… 😉
      Je crois que dans ce cas cela vient du style, que je qualifierais de « journalistique » même si je n’aime pas ce mot. C’est bien écrit mais malgré tout, encombré de détails, de noms propres, de sigles, et ça m’a empêchée de m’enthousiasmer.

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      1. Ce n’est peut-être pas facile, mais tu satisfais ma curiosité. Merci ! (il ne s’agissait aucunement d’une question piège). Je comprends ce que tu veux dire et je crois que c’est justement cette sorte de « détachement », l’aspect plus documentaire que purement autobiographique (voire hagiographique, pouah!!!) qui t’a déplu que j’ai, de mon côté, apprécié.

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      2. Enfin, ça m’a plu dans une certaine mesure, mais pour aller jusqu’au coup de coeur, il aurait fallu un peu plus de qualités littéraires…

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  2. Je l’avais noté à sa sortie et j’espère toujours le lire. J’ai pris l’habitude de mener deux lectures de front, une fiction, une non-fiction et ça me convient bien.

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  3. Encore une auteur que je n’ai pas entendue au festival. Je crois que souvent, je préfère les histoires de famille plus romancées, mais ce que tu écris aiguise mon intérêt.

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    1. Je l’ai entendue et j’ai trouvé très intéressant ce qu’elle a dit. Elle a tenté d’être le plus honnête possible pour se décrire telle qu’elle avait été, mais il lui a fallu 20 ans pour pouvoir se regarder et se raconter adolescente.

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    1. ça me fait plaisir, Kattylou, d’avoir été un peu à l’origine de cet achat ! J’ai aussi écouté une conférence avec Alysia Abbott à Vincennes, conférence qui m’a beaucoup intéressée.

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  4. J’ai entendu Alysia Abbott ce WE dans un débat sur le rapport entre le journalisme et la littérature et elle était passionnante, du coup elle m’a vraiment donné envie de lire son bouquin !

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