littérature France·rentrée hiver 2016

Céline Curiol, Les vieux ne pleurent jamais

vieuxnepleurentjamais« La jeunesse n’est jamais l’âge du doute mais de l’excès de certitudes. »
Judith, new-yorkaise de soixante-dix ans, est veuve depuis peu de temps. Elle reste assez solitaire, ne fréquentant guère que sa voisine, la pétulante Janet. Judith a été actrice, mais elle fuit dorénavant ses contemporains, notamment tout ce qui ressemble à une activité organisée. Elle va pourtant suivre Janet, lors d’un voyage en car assez drôle à lire, surtout si comme Judith, on remarque essentiellement les aspects comiques des groupes de personnes âgées. Mais Judith vient de retrouver une photo entre les pages d’un exemplaire de Voyage au bout de la nuit, une photo qui fait remonter quantité de souvenirs, et elle se met en tête d’accomplir un autre voyage, de retour vers la France qu’elle a quittée depuis quarante-cinq ans.

« Être en vie, voilà ce qu’était l’exception, la seule véritablement digne d’intérêt. »

J’avais découvert Céline Curiol avec L’ardeur des pierres,  j’étais donc curieuse de ce dernier roman, que sa jolie couverture m’a fait repérer tout de suite sur le présentoir de la bibliothèque. Mes premières impressions sont que le style est beaucoup plus sage et moins original cette fois, la narration moins éclatée. Toutefois les réflexions sur les différents âges de la vie, sur les renoncements qu’on croit imposés par l’âge et qu’on s’est en fait imposés tout seul, sont intéressantes. La première partie a une tonalité plus ironique que la seconde, qui est plus tournée vers l’introspection et les retrouvailles avec le passé.
J’avoue avoir un peu moins aimé la seconde partie, n’étant pas particulièrement avide de savoir quel secret le passé de Judith pouvait receler. D’autant que cet épisode de sa vie est assez vite éventé, et, s’il est vraisemblable, il est un peu trop « monté en épingle ». Mais rien n’aurait pu me faire quitter Judith avant la fin ! C’est en effet un personnage bien attachant, quoique j’ai eu un peu du mal avec son âge, elle semblait agir et réagir comme quelqu’un de plus âgé, à certains moments. Un dernier point : j’ai été intriguée par le choix de l’auteur, anecdotique, mais qui interroge, de faire commencer les prénoms des principaux personnages par J (J comme « jeune » ???) puis ensuite par H, I ou K… Pourquoi cette série qui fleure bon le milieu de l’alphabet ?

Extrait : Les regards fuyaient lorsque je leur tendais le mien. C’était ceux de femmes plus jeunes que moi, traversant la place, et dont je devinais la pensée parce qu’à leur âge aussi, j’avais tenté d’appréhender la vieillesse en épiant les personnes âgées seules au café. Ô combien mes représentations étaient alors incomplètes, autant que devaient l’être les leurs.

L’auteure : Céline Curiol est née à Lyon en 1975. Diplômée de la Sorbonne, elle devient correspondante pour la BBC et Radio France, à New York. Elle commence à écrire en travaillant également à l’ONU. Elle publie son premier roman, Voix sans issue, en 2005, puis Exil intermédiaire, L’ardeur des pierres, A vue de nez, Un quinze août à Paris, L’ardeur des pierres, tous chez Actes Sud.
324
pages
Éditeur :
Actes Sud (2016)

Des avis un peu mitigés ou plus enthousiastes : Albertine, Luocine, Cathulu et plus récemment Keisha qui s’est amusée comme moi des prénoms choisis !

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27 réflexions au sujet de « Céline Curiol, Les vieux ne pleurent jamais »

  1. Je n’avais pas accroché avec un prècèdent roman, Permission. Malgré sa couverture, je ne me suis pas lancée sur ce dernier roman. Le thème me plaît bien mais les chroniques sont un peu tièdes.

    Aimé par 1 personne

  2. Grâce à toi j’ai retrouvé des billets sur ce livre!!! Luocine avait râlé (à juste titre) sur le format pas pratique, toi aussi tu t’amuses des initiales, bref je crois qu’on est d’accord, roman agréable à lire, j’ai aussi préféré la première partie; la ‘révélation’ de la seconde fait un peu flop.
    Au sujet de l’âge… ma foi dans la soixantaine il y a vraiment de tout! Des toniques, des frileux. Mais ces fameux voyages trop organisés, j’imagine plutôt des octogénaires, maintenant. L’auteur a quarante ans, faut voir;.. elle m’a moins agacée que camille Laurens, ceci étant.

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    1. Nous sommes d’accord, dans l’ensemble.
      Quant aux voyages en car, je vois pas mal de groupes à Lyon, j’ai donc observé la moyenne d’âge est assez élevée. Je n’ai pas lu le Camille Laurens, je sens que ça m’agacerait aussi, mais je l’ai noté tout de même, « pour voir » !

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    1. Ce n’est pas le franc enthousiasme, mais pas un livre à éviter pour autant… Si tu peux lire quelques pages pour voir si ça te parle, c’est mieux !

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    1. Je n’ai pas de point de comparaison avec Un quinze août à Paris, mais j’ai trouvé l’ensemble très lisible, mes réserves portant plutôt sur l’intérêt de la deuxième partie.

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  3. Je ne connais pas l’auteure donc pas d’avis à exprimer; par contre je suis frappée par la justesse de cette phrase pour l’avoir éprouvée moi-même : « La jeunesse n’est jamais l’âge du doute mais de l’excès de certitudes. ».

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