littérature France·rentrée automne 2015

Hubert Haddad, Corps désirable

corpsdesirableJ’avais bien aimé, ce qui signifie que le coup de cœur n’était pas tout à fait là, Le peintre d’éventail, il y a quelques années, et depuis ce jour, je m’obstine à lire les derniers romans de Hubert Haddad, alors que je devrais commencer à me faire une raison, et me dire que son style ne me convient pas tout à fait. Après avoir été franchement déçue par Théorie de la vilaine petite fille, j’ai récidivé avec un des deux derniers romans parus à la rentrée. Si le sujet est d’anticipation, ce n’est qu’une très courte tête qu’il prend sur l’avancée médicale, sur une manipulation que des médecins commencent déjà à étudier… Il s’agit en effet d’une greffe de tête, vous entendez bien, greffer une tête sur un corps en bon état, pour prolonger « dignement » la vie d’une personne, est un projet médical à l’étude.
Dans ce roman, Cédric Allyn-Weberson, un journaliste engagé, est victime d’un grave accident qui le laisse privé de tout usage de son corps. Son très riche père, avec lequel il était brouillé, engage le meilleur neurochirurgien pour une première : greffer la tête de son fils sur le corps sain d’un accidenté. Contre toute attente, la greffe prend et Cédric reprend vie peu à peu, reprend lentement des activités normales, retrouve la femme dont il venait de tomber amoureux.
Tout d’abord, ce court roman se dévore, et les données scientifiques et éthiques particulièrement bien posées sont passionnantes. Comment vivre avec le corps d’un autre, comment retrouver sa vie d’avant, s’alimenter, se déplacer, aimer, avec un corps qu’on ne connaît pas, quelle partie est le greffon de l’autre, finalement ? Les pages filent, et l’intérêt ne faiblit pas. Malheureusement, quelques clichés et facilités lorsqu’il s’agit de poser les personnages, Lorna la petite amie d’une beauté insurpassable, le père immensément riche, les médecins avides de célébrité, gâchent un peu ces questionnements existentiels.
D’autre part, le style ne m’a pas ébloui particulièrement, alors que dans Le peintre d’éventail, poétique, il faisait corps avec le sujet. Vous pourrez en juger par les extraits ci-dessous, que je n’ai pourtant pas choisis « à charge ». Je vous ai fait grâce des dialogues sonnant singulièrement faux, à mes oreilles, entre le journaliste et sa dulcinée… Bref, un avis un peu mitigé, mais un roman à lire pour voir jusqu’où la science peut aller, les aspects médicaux étant traités de manière vraiment captivante.

 

Extrait : Dehors, en quête d’un taxi, Lorna poursuivit mentalement l’invective. On l’avait instruite peu de jours avant l’accident de la véritable identité de son compagnon. Un courriel anonyme et sans doute malveillant dont elle avait dû assez vite admettre la justesse. Cette révélation glaçante s’était insinuée en elle jusqu’à lui inspirer la décision de rompre.

C’était presque l’été encore dans les vallées intérieures où un soleil d’aube ouvrait des perspectives éblouies vers l’horizon, tandis qu’à trois mille mètres d’altitude, entre deux saisons, l’haleine glaçante des sommets tombait sur les alpages et les forêts penchées.

L’auteur : Hubert Haddad est né à Tunis en 1947, mais passe son enfance à Paris. Auteur de poèmes, nouvelles et romans, il anime depuis 1983 une collection de poésie. Il publie aussi des romans noirs avec un policier récurrent. Son oeuvre aborde des genres bien différents avec par exemple Palestine (Prix Renaudot Poche), le Nouveau Magasin d’écriture, le Peintre d’éventail (Prix Louis Guilloux) ou Théorie de la vilaine petite fille.
176 pages.
Éditeur : Zulma (août 2015)

Lu aussi par Clara et Yv.

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33 réflexions au sujet de « Hubert Haddad, Corps désirable »

  1. J’ai trouvé que le sujet était bien traité. Même si je n’avais pas accroché au peintre d’éventail, c’est vrai que le style dans ces deux romans est complètement différent.

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  2. J’imagine bien l’intérêt de ce roman, et c’est dommage que l’auteur se laisse aller à quelques clichés , mais cela ne m’empêchera pas de le lire, grâce à ce billet tentateur et mesuré.

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  3. Ce sujet-ci m’attire peu ais d’autres livres d’Hubert Haddad, oui, je suis curieuse d’explorer d’autres facettes de son univers. J’ai adoré Le peintre d’éventail, et j’ai lu un petit recueil de nouvelles sur le thème de la 2e guerre mondiale où c’est le style qui m’a plu davantage que les histoires en elles-mêmes. J’ai encore « Mâ » et « Palestine » dans la PAL, je me demande ce qui l’emportera…

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  4. Pour ma part, j’ai opté pour « Ma » il y a quelques mois et je n’ai pas été déçue. Ce roman nous emmène à nouveau dans le Japon suranné et poétique du « Peintre d’éventail » et c’est un plaisir délicieux. J’ai « Corps désirable » dans ma PAL depuis par contre, j’espère ne pas être déçue…

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  5. J’ai noté dans un moment d’enthousiasme « Théorie de la vilaine petite fille » (que tu as dû contribuer à refroidir…) mais je n’ai toujours pas découvert cet auteur. Ce titre-ci devrait largement me convenir, encore que, suis assez exigeante sur le sujet…

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  6. Moi, j’adore… plus je lis H. Haddad, plus je suis ravi, j’avais beaucoup aimé La théorie de la vilaine petite fille et ce Corps désirable m’a emballé totalement

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