littérature Afrique

Azza Filali, Ouatann

ouatannLes trente premières pages de ce roman nous mettent en présence de Michkat, une jeune avocate d’un cabinet de Tunis, aussi désabusée par ce que son patron lui demande de faire, que déçue par sa vie privée. Alors qu’on commence à s’attacher à cette jeune femme, le roman opère un tournant pour présenter Rached, un jeune fonctionnaire manquant de scrupules. Puis un second tournant nous mène à Nabeul, dans une villa en bord de mer, où les personnages se retrouveront au travers de remises en question, autant que d’épisodes mouvementés.
Ce roman peut paraître un peu déroutant dans la mesure où il est d’un genre indéterminé, mi critique de société, mi roman choral, mi roman noir, mi roman de formation… Mais l’ensemble de toutes ces moitiés (!) fonctionne bien et évoque avec précision et virtuosité la Tunisie contemporaine. J’ai aimé la manière qu’a l’auteur de nous faire rentrer dans l’intimité de ses personnages, sans lasser ni égarer par la multiplicité des portraits. Son style est tout à fait agréable à lire, son français coloré et évocateur.
Sous la légèreté de surface, paraît le désespoir profond des jeunes sans travail ni avenir. L’histoire se passe en 2008, et je souhaite qu’un peu d’espoir soit revenu dans le quotidien des jeunes tunisiens de maintenant. L’auteure ne cache rien de l’attrait irrésistible de l’Europe, de la dépression qui envahit tous et tout, des multiples combines et magouilles pour survivre. Celles-ci, associées à l’humour de certaines situations et à la vivacité des dialogues, évoquent un peu les romans de Iain Levison.
Bref, une très intéressante lecture, à l’opposé de certains romans français nombrilistes et/ou larmoyants que je ne citerai pas.

Citation : « Un jour, un constat s’imposa à moi : en trente ans, quelque chose d’essentiel avait disparu, comment te dire, une sorte de crédit d’admiration, légué d’une génération à l’autre. J’appartiens à une génération qui n’a rien reçu ; à vingt ans, j’aimais une foule de choses, mais je n’admirais rien et je n’étais pas le seul. »

L’auteure : Azza Filali est née en 1952. Elle est médecin et professeur de médecine à Tunis. Elle a par ailleurs obtenu un master en philosophie à Paris en 2009. Elle a d’abord écrit des essais, des nouvelles, puis des romans : L’heure du cru, en 2009, suivis de Ouatann en 2012 et Les intranquilles en 2014, sont tous parus aux éditions Elyzad.
391 pages
Éditions Elyzad (2012)

Lu aussi par Philisine, Zazy et Dasola.

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30 réflexions au sujet de « Azza Filali, Ouatann »

    1. Les editions Elysad sont diffusées en France. Nous en avons plusieurs à la Mediatheque tant pour la qualité de leur edition que pour le soutien à la Tunisie au vue des événements. Ils ont d’ailleurs une magnifique collection de poche.( vous les trouvez sur facebook.)

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  1. Merci pour ton joli billet et pour la découverte! Je note ce roman et vais tenter de me le procurer! Je connais Nabeul, et j’ai des amis qui y vivent… Donc ce roman tunisien risque de me plaire 🙂

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    1. J’ai bien sûr repéré Les intranquilles, c’était même celui que je cherchais lorsque j’ai trouvé Ouatann. Mais je ne regrette pas, je les lirai ainsi dans un ordre plus logique.

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