littérature îles britanniques·rentrée automne 2015

Colm Tóibín, Le testament de Marie

testamentdemarieRentrée littéraire 2015
L’auteur :
Né en Irlande en 1955, Colm Tóibín est diplômé de l’University College de Dublin. Après ses études, il séjourne à Barcelone, puis revient travailler en Irlande comme journaliste. Il est l’auteur de nombreux ouvrages de fiction et d’essais. Son premier roman, Désormais notre exil, (1990) se déroule en Espagne et dans l’Irlande rurale des années 1950. Son second roman, La bruyère incendiée, a pour personnage principal un juge de la Cour suprême irlandaise, hanté par son propre passé. Depuis sont parus Histoire de la nuit (1996), Le Bateau-phare de Blackwater (1999), Le Maître (2004), L’Épaisseur des âmes (2008), Brooklyn (2011).
126 pages
éditeur :
Robert Laffont (août 2015)
Traduction : Anna Gibson
Titre original : The testament of Mary

Toujours tentée par la littérature irlandaise, j’ai découvert Colm Tóibín il y a quelques années avec le très beau Bateau-phare de Blackwater, une histoire de famille toute en nuances, avec en toile de fond un rude décor d’océan. J’ai admiré encore plus Brooklyn, où une jeune irlandaise s’exile aux Etats-Unis, mais est confrontée à un choix difficile. Bref, cet auteur fait depuis partie de ceux que je surveille du coin de l’œil, aussi ai-je repéré ce court roman, presque une nouvelle, au thème aussi intrigant que sa couverture.
Je me suis depuis longtemps posé la question du fondement historique des Évangiles, des épisodes qui paraissaient vraisemblables et de ceux qui sentaient la réécriture après-coup des événements.
L’auteur irlandais a choisi sa narratrice, c’est Marie qui, harcelée chaque jour par deux visiteurs qui viennent sans cesse essayer d’obtenir des précisions sur les derniers jours de son fils, visiteurs dont on devine qu’ils vont écrire l’histoire, quitte à lui faire dire ce qu’ils ont envie d’entendre, raconte sa propre version. Marie n’est pas crédule, bien des fois elle s’est demandé pourquoi son fils avait autant changé, pourquoi il était suivi par tant de disciples, elle a douté de la résurrection de Lazare ou de l’eau changée en vin aux noces de Cana… Mais Marie a aussi assisté à la mise en croix de Jésus, a souffert dans sa chair de mère, et depuis, ne connaît plus le sommeil :
Je me souviens de trop de choses ; je suis comme l’air par un jour sans vent, qui se contient lui-même, immobile, et ne laisse rien échapper. Je contiens la mémoire de la même façon que le monde retient son souffle.
Tout du long, je n’ai pu qu’admirer le style de l’auteur, et la traduction qui semble parfaite, toutefois je reste un peu plus dubitative sur le format choisi, et la brièveté du roman, le cadre assez étroit, me laissent sur ma faim. Je n’ai pas non plus compris une certaine retenue dans les propos de Marie, une sorte de résignation, de fatalisme. Je pense que l’auteur aurait pu aller plus loin.
Toutefois, je ne regrette pas cette lecture et j’espère que la curiosité vous poussera à tourner les pages de ce livre qui sort du commun et dont la volontaire concision peut et doit pousser le lecteur à aller plus loin dans la réflexion. Je crois, j’espère du moins, que l’avenir appartient à ceux qui questionnent les religions plutôt qu’à ceux qui les suivent aveuglément, et ne serait-ce que pour cela, il mérite d’être lu.

Citations : Mon fils, lui ai-je dit, a réuni autour de lui une bande d’égarés qui n’étaient que des enfants comme lui, ou des hommes sans père, ou des hommes incapables de regarder une femme dans les yeux. De ces hommes qu’on voit sourire tout seuls, ou déjà vieux alors qu’ils sont encore jeunes.

Les pensées qui me venaient malgré moi étaient des pensées liées au temps – le temps qui transforme un bébé sans défense en un petit garçon, avec les peurs, les inquiétudes et les menus cruautés qui sont celles d’un petit garçon, avant de créer un jeune homme avec ses mots à lui, ses pensées, ses émotions secrètes.

D’un peu mitigé à enthousiaste, les avis de Jostein, Stephie, Leiloona, LadydoubleH, Cledesol et Meelly… Merci à l’éditeur et à NetGalley pour le livre numérique.

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43 réflexions au sujet de « Colm Tóibín, Le testament de Marie »

  1. Coucou, je me permets de te signaler que le lien que tu as mis vers le blog de Stephie n’est pas bon. Tu l’as dirigé vers le mien. Le blog de Stephie est Milleetunefrasques.
    Ça n’est pas bien grave.

    Sinon, très belle chronique.

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  2. Ah oui, tu n’es pas la première à avoir ce sentiment, alors que de mon côté j’ai trouvé que la forme convenait bien à cette parole. Comme une prière lue dans un souffle.

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    1. Je viens de lire qu’il s’agissait tout d’abord d’une pièce de théâtre. Je le comprends mieux ainsi, sinon c’était pour moi une longue nouvelle. Le format numérique n’aide pas non plus à sentir l’épaisseur du livre !

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  3. J’aime beaucoup ta chronique ! j’ai eu globalement les même ressentis que toi 🙂
    Tous les livres de Colm Toibin sont très bons. Brooklyn et Le phare de Blackwater que tu as déjà lu, mais aussi la Bruyère incendiée, le Maître, Désormais notre exil. Ses recueils de nouvelles sont peut-être moins fameux, quoiqu’ils se lisent très bien.

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    1. Merci, je dois dire que j’ai déjà trouvé plus facile à écrire… Ton billet est super et donne envie de découvrir ce texte. Je pense lire les premiers romans de Colm Toibin et j’ai toujours son dernier recueil de nouvelles en cours. (avec d’autres recueils d’autres auteurs !)

      Aimé par 1 personne

      1. Merci ! Moi aussi j’ai eu certaines difficultés à composer ce billet 😉
        J’aurai hâte d’avoir tes avis sur tes prochaines lectures de Colm Toibin ! (Cela me fait penser que j’ai les chroniques de la Bruyère incendiée et du Maître qui trainent quelque part… Je les posterai bientôt).
        Et merci beaucoup pour le lien 😀

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      2. Tu m’a fait penser que je devais avoir quelque part Désormais notre exil, mais je n’arrive pas à remettre la main dessus. Pas grave, je le trouverai probablement en bibliothèque…

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  4. J’avais raté les billets que tu mets en liens, donc je découvre de quoi il s’agit avec ton billet (je m’étais arrêtée à la couverture, qui m’avait rebutée). Les avis sont mitigés, même si ce que tu en dis me tenterait. Mais je crois que je découvrirai l’auteur (que j’avais déjà repéré, chez toi notamment) plutôt avec un autre titre.

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    1. Pas tout à fait : j’ai adhéré au sujet, j’ai aimé le style, je trouvé le texte ou trop court, ou trop long. Sachant, grâce aux autres billets, que c’était au départ une pièce de théâtre, je comprends mieux cette impression. Tiens, voilà une pièce que j’aimerais voir monter sur scène, dans un style sobre… j’imagine bien.

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  5. J’ai été bien plus enthousiaste que toi, j’ai vraiment adoré ce livre, mais je comprends remarque sur la brièveté, cela ne m’a pas dérangé du tout. Bon, je garde bien en tête Brooklyn, car j’ai adoré le style 🙂

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    1. Je ne suis peut-être pas totalement enthousiaste, mais je comprends qu’on puisse adorer et je suis fan du style aussi. Je reprendrais bien un de ses « vieux » romans pour voir s’il avait déjà une telle écriture.

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  6. Je croyais avoir laissé un commentaire hier …. Bref, j’avais noté le « Bateau phare » plutôt que le titre que tu présentes (j’ai encore « Le royaume » en retard ….) , vu que comme toi, j’avais beaucoup apprécié « Brooklyn » … Et je suis revenue de ma librairie habituelle avec « La couleur des ombres » … Tu connais ?

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    1. Tu fait bien de choisir Le bateau-phare. J’imagine qu’il doit exister en poche, maintenant ? Quant à « La couleur des ombres », il fait partie de trois livres de nouvelles commencés et qui attendent dans ma PAL un coup de mou entre deux romans pour être repris. C’est dire qu’il ne faudra pas forcément s’attendre à un billet, tant ma lecture est fractionnée dans le temps.

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      1. Ce sont des nouvelles, oui, ce que j’ai découvert en lisant le quatrième de couv’ en arrivant chez moi … Tellement alléchée par ta note, que je suis ruée sur le premier venu ! Je garde quand même « le bateau phare » pour une prochaine virée !

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