littérature Amérique Latine

Mario Vargas Llosa, Le héros discret

herosdiscretL’auteur : Né à Arequipa au Pérou), en 1936, Mario Vargas Llosa est élevé par sa mère et ses grands-parents maternels en Bolivie, puis au Pérou.
Après des études à l’Académie militaire, il épouse sa tante, Julia Urquidi. Il publie son premier recueil de nouvelles,
Les caïds, en 1959. Il s’installe ensuite à Paris, où il exerce diverses professions : traducteur, professeur d’espagnol, journaliste pour l’agence France-Presse. En 1963 paraît La ville et les chiens, son premier succès littéraire, qui sera traduit en une vingtaine de langues.
Il vit entre Lima, Madrid, Londres et Paris. Il a été lauréat du prix Nobel de littérature en 2010.
480 pages
Éditeur : Gallimard (mai 2015)
Titre original : El héroe discreto
Traduction : Albert Bensoussan et Anne-Marie Casès

C’est ma troisième lecture de cet auteur célébré bien au-delà des frontières du Pérou, après Tours et détours de la vilaine fille et Le rêve du Celte. On peut dire que les genres et les thématiques que l’auteur péruvien aborde ne manquent pas de variété, car après cette biographie très sérieuse et documentée qu’est Le rêve du celte, on revient ici à quelque chose de bien plus léger, ce qui n’empêche nullement de mettre en lumière les désordres et les travers de la société péruvienne. C’est donc son propre pays que l’auteur nobelisé a choisi comme décor de ce roman.
Les premières pages (je vous conseille de les lire sur le site de l’éditeur) font faire la connaissance de Félicito Yanaqué, petit patron d’une entreprise d’autocars à Piura, qui reçoit une lettre de menace et décide de ne pas céder au racket qu’on tente de lui imposer. Ce héros malgré lui obéit ainsi aux dernières volontés de son père, sans savoir que cela va lui valoir de devenir célèbre.
Plus loin, à Lima, Don Rigoberto s’apprête à prendre une retraite calme et méritée avec sa femme, entouré de ses disques et de ses livres, lorsque son patron lui demande de le soutenir dans son projet d’épouser sa gouvernante, sans l’aval de ses deux fils cupides. Rigoberto a aussi quelques soucis avec son fils Fonfon qui parle régulièrement à un homme que les autres ne peuvent voir, ne serait-ce pas le diable ?
J’ai adoré le style très vivant, et notamment la manière d’enchâsser plusieurs niveaux de dialogues les uns dans les autres sans perdre le lecteur, dialogues toujours délectables, cette forme donnant des effets comiques tels que je crois n’en avoir jamais lu ailleurs. Des thèmes variés s’entrelacent au fil des pages, au gré des personnages, qu’il s’agisse de l’art contre la bêtise et l’ignorance, du rôle des médias, de la prédestination ou du choix, des convictions religieuses ou morales. Mais l’auteur est surtout un conteur remarquable, qui rend savoureuses les moindres péripéties du parcours de ses deux héros pas si ordinaires. Un vrai plaisir que ce roman paru au printemps et dont on n’a pas assez parlé à mon goût !

Extrait : – Nous t’aimons beaucoup, l’oncle, – corrobora Miki en soupirant -. On te connaît depuis tout gosses, tu es comme notre plus proche parent. Sauf que…
Il ne put aller au bout de son idée et resta la bouche ouverte, le regard indécis, accablé. Il choisit de se mordiller à nouveau le petit doigt, furieusement. « Oui, c’est lui le plus crétin », conclut don Rigoberto.
– Et c’est réciproque, les neveux – Il profita du silence pour placer une phrase -. calmez-vous un peu, s’il vous plaît, et parlons comme des personnes rationnelles et civilisées.
– C’est plus facile pour toi que pour nous – lui répondit Miki, en haussant le ton. « En effet, pensa-t-il. Il ne sait pas ce qu’il dit, mais parfois il tombe juste. »

Sandrine s’est régalée aussi.

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34 réflexions au sujet de « Mario Vargas Llosa, Le héros discret »

  1. J’ai très envie de le lire ! J’avais beaucoup aimé « Tours et détours de la vilaine fille » et « La fête au bouc », tous deux dans un genre très différent.

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  2. Jamais lu encore cet auteur (oui, quelle lacune !) Mais je note ce titre, après mon trip argentin, je sens que je m’intéresserai encore à la littérature sud-américaine !

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  3. J’avais beaucoup aimé La tante Julia, La fête au bouc ou encore Qui a tué Palomino Molero. Mais, dans celui-ci, je n’ai malheureusement pas réussi à rentrer. Peut-être n’avais-je pas choisi le bon moment…

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    1. Eh bien, moi, je n’ai pas réussi à lire Qui a tué Palomino Molero. Comme j’ai déclaré forfait assez vite, et que je ne m’en souviens plus, je retenterai plus tard.

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  4. Je le découvre chez toi et chez Sandrine 😉 Vous me tentez bien ! Je vois que Sandrine a classé La tia Julia y el escribidor dans osn panthéon, je vais voir du côté de ma bibli

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    1. Dans un dialogue, un protagoniste cite un autre dialogue et comme les poupées gigognes, il y en a même parfois un de plus, et on retombe dans le dialogue premier sans crier gare, mais en s’y retrouvant fort bien. Bref, effet comique garanti, c’est drôle, et inédit en ce qui me concerne !

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  5. Bonsoir Kathel, je viens de le terminer il y a deux jours: je l’ai vraiment beaucoup apprécié. Ismaël et Felicito sont des personnages attachants malgré leur côté sombre. Ils ne se laissent pas faire, ils montrent une certaine cruauté. Vargas Llosa démontre son grand sens de la narration, on a du mal à lâcher ce roman. Le seul bémol serait la traduction de certains mots ou expressions (qui passent peut-être bien en espagnol mais qui m’ont paru étrange en français: Les « hyènes » pour se référer aux fils d’Ismaël ou quand Mabel surnomme son amant Felicito « P’tit vieux ». Bonne soirée.

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    1. Je suis contente que tu aies apprécié cette lecture aussi. C’est un roman plus original qu’il n’y paraît et ses personnages ne vont pas se laisser oublier de sitôt. Je n’ai pas été gênée par les expressions que tu notes, que j’ai trouvé plutôt « exotiques », marquant le décalage entre nos pays.

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