littérature îles britanniques·rentrée hiver 2015

Hugo Hamilton, Un voyage à Berlin

unvoyageaberlinL’auteur : Hugo Hamilton est né à Dublin en 1953, d’une mère allemande et d’un père irlandais. Il est journaliste, écrit des nouvelles et des romans. La parution de Sang impur (prix Fémina étranger, 2004) lui vaut d’être reconnu en Irlande comme un auteur de premier plan. Sont parus en France, aux éditions Phébus, puis en poche : Le Marin de Dublin, Berlin sous la Baltique, Déjanté, Triste flic, Comme personne.
272 pages
Éditeur : Phébus (février 2015)
Traduction : Bruno Boudard
Titre original : Every single minute

Un auteur irlandais que je n’ai pas encore lu, une jolie couverture, une allusion à Nuala O’Faolain, voilà de quoi me faire faire des infidélités à mes penchants littéraires du moment !
Bien plus qu’une allusion, le livre raconte, sous l’appellation de roman toutefois, le voyage à Berlin d’un narrateur qui ressemble fort à Hugo Hamilton, avec Una, une amie très proche qui a tout de Nuala. Malade, elle et son entourage savent qu’il ne lui reste que quelques mois à vivre, et elle souhaite visiter Berlin avec Liam qui connaît très bien la ville. Ils s’installent dans un de ces hôtels au charme un peu désuet, louent les services de Manfred, un chauffeur qui va leur devenir indispensable, réservent des places pour le Don Carlos de Verdi. Mais surtout, au travers de leurs confidences, ils réaffirment à l’heure de la fin, l’importance de leur amitié.
Hugo Hamilton a vraiment le sens de la formule, de la phrase qui en quelques mots, sans lieu commun, paraît pourtant décrire de manière concise un trait de personnalité de Una. Ainsi, il se souvient qu’« elle n’avait pas peur d’aborder le sujet de la mort » qu’« elle estimait que New York était un endroit merveilleux où être seul ».
Il constate également que « chaque écrivain possède sa rage familiale sinon il ne serait pas écrivain », « sa propre petite ligne de colère, de culpabilité, d’aigreur, de jalousie, d’échec et de désir désespéré d’être aimé plus que tout autre être au monde »
Il rappelle qu’« elle adorait les erreurs. Elle adorait les gens qui ne cherchaient pas à dissimuler leurs erreurs. Elle adorait tout ce que les gens faisaient et disaient par accident. » et aussi, à propos de son écriture, « elle n’était pas douée pour inventer de toutes pièces un univers. Elle préférait la réalité. Elle préférait être elle-même au cœur de cette réalité. C’est ainsi qu’elle écrivait ses livres, en consignant une liste de situations vécues de première main. »
Ce portrait est celui d’une femme écrivain exceptionnelle, c’est un
superbe et émouvant hommage à sa fantaisie, à ses doutes et ses errances. J’ai vraiment aimé la découvrir plus encore que dans ses récits déjà très autobiographiques, et j’ai noté des quantités d’extraits ! Je me souviendrai d’elle par le détail, sans doute véridique, de son peu de goût pour les sacs à main : elle transportait dans Berlin papiers, porte-monnaie, crème pour les mains, clefs ou médicaments dans un grand sac de plastique à fermeture à glissière, entièrement transparent…

Un autre extrait : Elle avait une façon très maternelle de s’immiscer dans votre vie et de vous asséner des commentaires détaillés sur tout, de vous dire si ce que vous faisiez était bien ou mal, alors même que vous étiez en train de le faire. Telle une mère, elle vous mettait sur la sellette, vous tenant le bras tout en scrutant ce que vous aviez à l’intérieur de la tête pour ensuite révéler à voix haute toutes vos pensées. Elle était capable de deviner ce à quoi vous pensiez. Pas étonnant que tout le monde la prît pour ma mère. Elle se comportait comme une mère avec chacun. Indifféremment. Même avec Manfred, le chauffeur, à qui elle tint le bras alors qu’il l’aidait à monter dans l’auto jusqu’à ce qu’il lui révélât qu’il était à moitié turc par sa mère, qu’il était marié et avait trois enfants de moins de dix ans.

Le billet de Maeve qui m’a donné envie de le lire !

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34 réflexions au sujet de « Hugo Hamilton, Un voyage à Berlin »

    1. Je regrette d’avoir du le rendre à la bibliothèque ! Il me fait penser au thème de Mia madre de Nanni Moretti qui a ému au festival de Cannes : la mort d’un proche, mais surtout ce qui reste aux proches. Le livre d’Hugo Hamilton n’est pas triste, et parle de la mort de façon saine et naturelle.

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    1. Je pense qu’il n’y a pas de contre-indication à commencer par ce livre… il intéressera sans doute d’abord ceux qui ont lu et aimé Nuala O’Faolain.

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  1. Tu sais quoi ? Sang impur traîne dans ma PAL depuis des années et voilà que tu me donnes envie de lire ce titre maintenant ! Bon, va falloir exhumer de la PAL…

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    1. IL me semble avoir beaucoup entendu parler de Sang impur à un moment, j’avais projeté de le lire, et ça ne s’est pas fait… je vais tâcher de le trouver aussi.

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  2. Bonsoir ! J’aimerais vous contacter afin de vous envoyer des infos sur le roman que je viens de sortir aux éditions assyelle, mais je n’ai pas trouvé d’adresse de contact. Comment faire ?

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    1. Bonjour. Merci de votre proposition, mais je ne reçois ni ne lis de services de presse, ni de livres envoyés par leurs auteurs. Je préfère rester libre de mes choix de lecture. Je ne suis pas critique professionnelle et n’ai donc pas trop de temps à consacrer à mon blog. Je souhaite le meilleur parcours à votre livre.

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  3. Ah mais j’aime les voyages du crépuscule, les derniers départs et les amitiés de la fin.
    Je suis très tentée, c’est un beau billet (même si les personnages n’étaient pas inspirés d’Hamilton ou d’O Faolain)

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  4. Je me souviens que je n’avais pas aimé le style. Par contre, je ne savais pas / ou ne me souviens plus qu’il y a un rapport à N. O’Faolain (que j’aime beaucoup).

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  5. Nous avons en commun cet intérêt pour la littérature irlandaise, et je lis d’ailleurs en ce moment un auteur d’ascendance irlandaise et belge, Patrick McGuinness pour ne pas le citer, et que je te recommande également tant je suis enchantée de son dernier roman. Pour en revenir à Hugo Hamilton, j’avais également beaucoup aimé Sang impur, souvent cité d’ailleurs dans les commentaires. Mais je n’étais plus revenue vers lui depuis, car si j’avais trouvé ce roman sensible et émouvant, je l’avais aussi trouvé assez douloureux. Mais je pense que ce voyage à Berlin pourrait me ravir, puis retrouver Nuala sera pour moi un grand plaisir également. Merci donc pour ce billet 🙂

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    1. J’ai lu aussi le McGuinness, bien que chroniqué fort brièvement, je l’ai bien aimé. Je note Sang impur, effectivement, il m’avait semblé dur, c’est sans doute la raison pour laquelle je ne l’ai pas encore lu !

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