littérature France·non fiction

Gisèle Bienne, La ferme de Navarin

fermedenavarinL’auteure : Gisèle Bienne, née en 1946 à Chavanges dans l’Aube, est une romancière et essayiste française. Elle vit et travaille à Reims et est l’auteur à ce jour d’une vingtaine d’ouvrages parus en littérature générale ou en littérature jeunesse.
130 pages
Éditeur : Gallimard (2008)

Plusieurs portes d’entrées peuvent permettre au lecteur de pénétrer dans le livre de Gisèle Bienne, dans la collection L’un et l’autre chez Gallimard. Un intérêt pour Blaise Cendrars, une lecture de la Prose du Transsibérien, ou une envie d’en savoir plus sur la bataille de Champagne en 1915… pour moi, ça a été le titre.
Le monument de la ferme de Navarin, je suis passée de nombreuses fois à côté, j’y ai fait parfois halte au beau milieu de la plaine champenoise, lumière blanche de ciel d’hiver sur les étendues labourées, ou bien ciel bleu au-dessus des colzas, et là, au milieu, trois soldats de bronze montant vaillamment à l’assaut. Ce nom de Ferme de tourmesnilNavarin me parle donc, comme me reviennent aussi en mémoire, les noms des villages disparus
de Perthes les Hurlus, Tahure, Ripont, Mesnil les Hurlus, villages rayés de la carte, totalement anéantis, et jamais reconstruits, signalés seulement par de simples panneaux, et dont les noms sont dorénavant accolés à des noms de villages existants. Quand on naît entre Champagne et Argonne, connaître l’histoire moderne depuis la Révolution jusqu’à la grande Guerre, c’est la rattacher ainsi à des noms de lieux, à des monuments ou lieux-dits emblématiques comme le moulin de Valmy, la Haute Chevauchée ou la Ferme de Navarin, c’est aussi avoir senti ces lieux de manière on ne peut plus réelle en les arpentant. Mais revenons au livre !
Gisèle Bienne s’arrête au pied du monument, repense à Blaise Cendrars. Elle a découvert à vingt ans La Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France, son long poème illustré par Sonia Delaunay, et ne peut s’empêcher de se souvenir aussi de ses grands-pères, d’Yves Gibeau
, auteur de Allons z’enfants, des peintres, poètes, écrivains engagés d’un côté ou de l’autre, indifféremment, dans la Grande Guerre et qui combattaient dans ce secteur.
J’ai aimé savourer à petites gorgées ce texte passionné, érudit sans jamais être lourd ou pompeux, reconnaître les paysages champenois, on pourrait presque dire dans l’absence de paysage, les molles ondulations, les chemins de craie blanche rectilignes, les rares bosquets, les immenses cimetières avec leurs rangées de croix uniformes, retrouver des fragments de textes de poètes morts ou blessés au front, ressentir leur douleur de longues années après. Il ne me restait qu’à compléter par la vision de peintures évocatrices comme celles d’Otto Dix que Gisèle Bienne cite, et qui sont visibles à l’Historial de la grande Guerre de Péronne, et pourquoi pas aussi un extrait du film d’Abel Gance, J’accuse, où Blaise Cendrars a tenu un rôle en 1918, celui d’un mort qui se relève pour se regrouper avec d’autres et chanter.
Vous pouvez voir que ce livre ouvre beaucoup de perspectives, toutes passionnantes, et qui toutes, rappellent de ne surtout pas oublier…

Extrait : Les croix des cimetières convergent au loin sur le ciel vide. Des champs de croix, plusieurs champs. Ici, nous sommes presque à mi-distance de la Somme et de Verdun. Je gare la voiture le long d’un champ sous un cerisier et, après avoir à nouveau consulté la carte, je franchis des talus et coupe au court pendant que Blaise me souffle à l’oreille : « N’aie pas peur de marcher dans les ténèbres ou de glisser dans du sang. /On ne sait jamais ce que l’on fait, on ne sait jamais où l’on va. /La vie est dangereuse. »

Photo du monument et détails sur le site du CNDP.
navarin1
La lecture de Denis et celle d’Argali.

Non fiction pour le mois de mai… deuxième lecture, à retrouver chez Marilyne !

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17 réflexions au sujet de « Gisèle Bienne, La ferme de Navarin »

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