Valentina d’Urbano, Acquanera

acquaneraL’auteure : Illustratrice pour la jeunesse, Valentina d’Urbano est née en 1985 dans une banlieue de Rome où se déroule son premier roman, Le bruit de tes pas (Philippe Rey, 2013). Acquanera est son deuxième roman.
352 pages
Éditeur : Philippe Rey (février 2015)

Traduction : Nathalie Bauer

Clara, Elsa, Onda et Fortuna, quatre générations de femmes se succèdent dans une petite maison, en Italie du Nord, dans le petit village de Roccachiara qui surplombe un lac. L’évocation de ces lieux, des autres habitants du village, plantent le décor, totalement différent de la banlieue romaine du premier roman de Valentina d’Urbano, et qu’on imagine pourtant tout aussi facilement.
Les retrouvailles sont très froides entre Onda et Fortuna, mère et fille, l’occasion pour elle de parler de la découverte d’un corps près du lac. Elles évoquent ensemble Luce, une jeune fille qui a été proche de Fortuna. Les souvenirs de Fortuna font remonter à quel point, malgré la protection de sa grand-mère, la petite fille a vécu une enfance difficile, dans l’ombre d’une mère incapable d’aimer, et a très vite pris conscience de leur marginalité. Car ces femmes, à la suite de la vieille Clara, première habitante de leur maisonnette, sont de celles qui savent tirer parti des plantes, et même sentir la présence des personnes disparues, ou leur parler. La mère, Onda, est tellement envahie par ses visions qu’elle pourrait ressembler à une droguée perdue pour son entourage…
Ce réalisme magique ne va pas convenir à tous les lecteurs, mais il ne m’a pas gênée, car l’histoire ne repose pas seulement dessus, loin de là, et pourrait parfaitement tenir sans cet aspect.
Le virage du deuxième roman est fort bien négocié par la jeune auteure italienne, qui réussit à donner vie à des personnages féminins forts et attachants, au sein d’histoires qui marquent d’une empreinte durable. Elle compose un très beau conte, sur les thèmes de l’exclusion, de l’amour maternel et filial, de la construction de soi, de l’amitié : une atmosphère un peu oppressante dont j’ai toutefois eu du mal à me séparer !

Extrait : Pendant quelques minutes, Onda contempla, incrédule, la porte close. Elle sentait que des yeux intrigués l’épiaient des fenêtres voisines et elle fut envahie par une rage sourde mêlée de honte. Mais aussi par une sensation plus enracinée et plus secrète, comme un fardeau amer pesant sur sa langue.
Elle aurait voulu insulter la femme qui l’avait traitée comme un chien errant, flanquer un coup de pied à la porte ou briser l’un des pots blancs qui décoraient l’entrée. Mais elle était incapable de faire le moindre mouvement.
Ces désirs lui enflammaient la tête, et son impuissance la blessait. Les gens qui croyaient en ses dons avaient peur d’elle. Ceux qui n’y croyaient pas la chassaient en l’accusant de mentir.
Ballottée de part et d’autre, elle ne savait à qui donner raison.

Les avis (divers et variés) de A propos de livres, Clara, Jérôme, Séverine, (un grand merci !), Sylire et Valérie (qui faisait étape chez Micmélo).

35 commentaires sur « Valentina d’Urbano, Acquanera »

    1. Je les ai trouvé vraiment bien tous les deux, mais selon les lecteurs (trices) je ne recommanderais pas le même : pour toi, plutôt Acquanera, oui ! 😉

      J'aime

    1. J’ai oublié de signaler que « Le bruit de tes pas » est sorti en poche… l’occasion de découvrir l’auteure ! Bonne journée !

      J'aime

  1. Trop sombre et trop oppressant pour moi, surtout si l’on y ajoute cette touche de fantastique à laquelle je suis resté insensible. En fait son premier roman me tente beaucoup plus.

    J'aime

    1. J’ai vu que tu n’avais pas trop accroché. Je pense aussi que son premier roman te plairait. Elle écrit plutôt bien, non ?

      J'aime

  2. J’aime bien le réalisme magique, c’est un des ingrédients de la littérature de mon pays 😉 Je lirai quand même d’abord le premier de l’auteure avant de m’intéresser à celui-ci.

    J'aime

  3. Mon attention avait été attirée par ce livre en librairie. Mais j’avoue que le côté réalisme magique que tu soulignes m’a finalement un peu rebutée…

    J'aime

    1. Les couvertures de chez Philippe Rey ne laissent pas indifférent, en général ! Il faut se laisser entraîner par cette histoire bien sombre…

      J'aime

  4. Mon problème est clairement dû à l’aspect fantastique. J’avais beaucoup aimé son premier roman.

    J'aime

    1. L’univers est très différent, mais on peut trouver des points communs : les liens parents/enfants défaillants, la dépression…

      J'aime

  5. J’ai bien aimé ce livre et j’ai acheté « le bruit de tes pas » du coup. S’il est meilleur, je vais me régaler.

    J'aime

  6. Ah contente de lire que tu as aimé, il est vrai que l’ambiance est oppressante, et c’est fort d’avoir réussi cela…. J’ai préféré le bruit de tes pas mais cette jeune auteur(e) est sacrément douée!

    J'aime

  7. J’aime beaucoup la couverture mais j’étais un peu indécise en le feuilletant à la librairie. Je pense que je l’emprunterai à la biblio car ton billet est tentateur.

    J'aime

  8. Je viens de l’emprunter à la bibliothèque et c’est le genre de livres qui est plutôt venu à moi, que le contraire. Je suis passée totalement à côté des avis l’année passée et du coup, ce sera une entière découverte! Les éléments épinglés me tentent beaucoup, avec une petite réticence pour le côté fantastique même si, dans certains cas, (« Lady Hunt » d’Hélène Frappat, par exemple), ne m’avait pas du tout dérangée!

    J'aime

Les commentaires sont fermés.