littérature France·non fiction

Olivier Rolin, Bakou, derniers jours

bakouderniersjoursL’auteur : Né en 1947, Olivier Rolin a passé son enfance au Sénégal. Il est diplômé de l’ENS. Il a été journaliste, puis éditeur. Son œuvre est constituée d’une vingtaine de romans, dont les très remarqués L’Invention du monde (1993), Port-Soudan (1994, prix Femina) et Tigre en papier (2002, prix France Culture). Il a également écrit des récits de voyage et des reportages, notamment en Amérique du Sud, et en Europe de l’est.
149 pages
Éditeur : Points (2011)

Vous allez croire que j’ai lu des daubes avant ce livre, si je vous dis que ça m’a tout d’abord fait plaisir de lire quelque chose d’aussi bien écrit, et pourtant, c’est bien la première impression que j’ai notée… L’idée de ce récit est aussi superbe qu’intrigante. Ayant écrit son propre suicide dans une nouvelle de Suite à l’hôtel Crystal, suicide qui devait intervenir en 2009 à Bakou, Olivier Rolin décide de revenir dans cette ville pour y passer quelques temps, à cette date précise (voir l’extrait en-dessous qui le dit bien mieux que moi)
L’hôtel Apchéron n’existe plus, mais il trouve à se loger, et parcourt la capitale de l’Azerbaïdjan en essayant d’utiliser au mieux les quelques bribes de russe qu’il connaît. Enfin, j’aimerais déjà en connaître autant, et j’ai adoré découvrir quelques mots de vocabulaire aussi utiles que tchimadan (valise) ou chchouka (brochet, moins utile) ici ou là. Les nombreuses citations, les souvenirs et les photos qui émaillent le livre ajoutent à l’impression de tenir un petit récit de voyage tout à la fois parfait et dérisoire. Car l’auteur fait preuve d’un sens de l’humour et de l’auto-dérision qui marche totalement avec moi, mêlé à un don certain pour l’observation.
Les paysages urbains, l’architecture, les petites gens et autres rencontres de voyages, apparaissent sous la plume d’Olivier Rolin comme sous le coup de crayon d’un dessinateur de talent. Je me reconnais dans sa manière de flâner dans une ville en repérant des endroits qui lui en rappellent d’autres, ailleurs, vus il y a plus ou moins longtemps, et plus ou moins loin : à Lisbonne, à Paris… Quel plaisir aussi que son goût (fugace) pour les grands restaurants sinistres et vides, et autres joyeusetés réservées aux touristes !
Les réflexions qui naissent des balades en ville sont aussi passionnantes, qu’il s’agisse de références littéraires sur les villes englouties ou sur le pétrole, de l’idée que la littérature en parlant du présent est une conséquence du futur, tout est intelligent, vif et malicieux. Les menus propos sur la mort disséminés ici et là, « derniers jours à Bakou » obligent, ne manquent pas d’intérêt non plus.
Mais que n’ai-je découvert cet auteur plus tôt ? Enfin, la bonne nouvelle est qu’il m’est encore possible de lire de nombreux autres livres de lui !

Les premières phrases : En 2003, de retour d’Afghanistan, j’avais dû m’arrêter à Bakou, Azerbaïdjan. Je logeai dans un hôtel portant le nom, Apchéron, de la péninsule sur laquelle est construite la ville. J’écrivais alors Suite à l’hôtel Crystal un livre composé d’une quarantaine d’histoires se déroulant dans des chambres d’hôtels à travers le monde. Le nom de l’Apchéron, si proche de celui du fleuve des morts de la mythologie grecque, me suggéra l’idée d’y mettre en scène mon propre suicide. La notice biographique sur la couverture du livre mentionnait mes lieux et dates de naissance et de mort : Boulogne-Billancourt, 1947 – Bakou, 2009. Depuis 2004, j’étais donc mort en 2009 à Bakou, dans la chambre 1123 de l’hôtel Apchéron. À mesure que se rapprochait cette fatidique année 2009, les recommandations se faisaient plus pressantes : surtout, si par hasard tu es invité à Bakou en 2009, n’y va pas ! Ces amicales mises en garde firent évidemment naître en moi l’idée qu’au contraire je devais m’y rendre pour honorer une sorte de rendez-vous, et y demeurer assez longtemps pour laisser à la fiction de ma mort sur les bords de la Caspienne une chance raisonnable de se réaliser.

Lu pour le projet non-fiction de Marilyne.

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29 réflexions au sujet de « Olivier Rolin, Bakou, derniers jours »

    1. Oui, c’est son frère, mais je ne sais pas du tout ce qu’écrit Jean Rolin et rien ne prouve qu’ils écrivent le même genre de choses, ni qu’ils aient le même style !

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  1. Je viens de vérifier, Les événements qui me fait envie à la bibli, c’est de jean (Comète, tu m’inquiètes, pourquoi???)
    A part ça, Olivier (jamais lu) cela me dirait bien aussi!

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    1. Je n’ai aucune idée de ce qu’écrit Jean Rolin et ne sais pas ce qui fait fuir Comète… 😉 mais j’ai aimé ce séjour à Bakou, et la finesse de l’auteur.

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      1. J’ai lu ça ! Ton billet et ma lecture d’Olivier Rolin ne m’ont pas donné l’impression que les deux frères avaient le même genre de thèmes d’écriture.

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  2. Il a une plume magnifique ! Je l’ai découvert avec Le Météorologue à la dernière rentrée littéraire et je m’étais promis de le relire mais mai à liste de lecture est un peu embouteillée! !!

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  3. Ah que j’aime ton billet, Kathel !
    Comme je le répète à l’envi, Olivier Rolin est pour moi un des plus grands écrivains contemporains. Son écriture est d’une richesse et d’une poésie infinies.
    L’Invention du monde est l’une des lectures qui a le plus compté dans ma vie, qui a changé mon rapport à la littérature, moi qui ne lisais jusqu’alors que des oeuvres du XIXe siècle (j’exagère, un du XVIIIe aussi !).
    Bakou derniers jours et Suite l’hôtel crystal sont les seuls rares textes de lui que je n’ai pas lus, parus à une période plutôt noire de ma vie où je ne lisais plus (aujourd’hui encore, je me demande comment une telle chose est possible !).
    Du coup, tu m’ouvres la délicieuse perspective de lire un livre de ce merveilleux écrivain. Merci !
    (Et pour celles et ceux qui s’interrogent, j’ai lu naguère un livre de son frère Jean… et n’en conserve aucun souvenirs.)

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    1. Delphine, tu es l’une de celles (avec Papillon) qui m’a fait noter cet auteur sur ma liste. J’ai commencé par un petit livre, pas de la fiction qui plus est, et je ne demande qu’à continuer.
      Merci d’ajouter ton grain de sel au match pour et contre Jean Rolin ! 🙂

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  4. Depuis que j’ai assisté à une rencontre avec lui (autour du météorologue), je veux absolument le lire, mais les LAL, les PAL … bref tu sais. Mais je ne le perds pas de vue. (ça doit être Olivier qui a été le petit copain de Birkin).

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    1. J’aurais aimé l’écouter aussi, je n’ai fait que le croiser récemment dans les allées de la fête du Livre de Bron. Sa conférence venait de se terminer.

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    1. Livre atypique dans son oeuvre. Rolin affirme lui-même regretter que ce soit celui de ses livres qui ait rencontré le plus grand succès (Il avait obtenu un prix, le femina, je crois, à l’époque). Il faut vraiment lire ses autres livres !

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