littérature Asie

Akira Yoshimura, Naufrages

naufragesL’auteur : Akira Yoshimura (1927-2006) a laissé une œuvre considérable, qui a marqué de son empreinte la période de l’après-guerre au Japon. Actes Sud a déjà publié Naufrages (1999), Liberté conditionnelle (2001) La Jeune Fille suppliciée sur une étagère (2002), La Guerre des jours lointains (2004), Voyage vers les étoiles (2006), Le Convoi de l’eau (2009) et Le Grand Tremblement de terre du Kantô (2010).
189 pages
Editeur : Actes Sud (collection Babel, 2004)
Traduction : Rose-Marie Makino-Fayolle
Titre original : Hasen

La vie quotidienne est des plus rudes, proche de la simple survie, dans ce petit village côtier du Japon, encadré de montagnes. Plus encore si l’on est un enfant, déclaré à neuf ans chef de famille, puisque le père s’est vendu pour trois ans loin du village, afin d’éviter à tous ses enfants de mourir de faim. La mère est dure à la tâche, mais pas très tendre, les autres enfants sont encore tout petits. Isaku doit donc s’initier seul à la pêche, aux différentes sortes de pêches selon les saisons et les bancs de poissons qui passent.
La seule lueur d’espoir serait qu’un navire vienne faire naufrage sur ce tronçon de côte, ce qui arrive, certains hivers… d’autant plus facilement que les villageois ont une technique bien particulière pour les attirer. Malgré tout, drames et tristesses s’enchaînent.
Je le savais déjà pour avoir lu Le convoi de l’eau, et un petit opuscule nommé Un été en vêtements de deuil, il est difficile de trouver un univers plus sombre que celui de cet auteur. Pourtant, même si l’espoir n’est pas la première raison de vivre de cette petite communauté, si l’été passe dans cette contrée en un souffle alors que l’hiver s’éternise jusqu’à presque décimer la population, l’envie d’en savoir plus, notamment sur les naufrages du titre, fait tourner les pages.
Je crois que cette histoire est inspirée d’un conte traditionnel japonais, et elle se situe d’emblée dans une intemporalité de conte, ce qui aide sans doute à mieux supporter toute cette noirceur. Les traditionnels Petit Poucet ou Petite marchande d’allumettes ne sont pas non plus essentiellement guillerets ! Malgré le rythme lent, l’effet de huis-clos, et la présence incontournable de la mort, la lecture est de ce roman est tout à fait recommandable, et même incontournable pour qui aime la littérature japonaise.
A noter le très beau style, poétique, ouvert sur les saisons et les cinq sens, et la traduction sans laquelle nous ne saurions rien de cette écriture !

Extraits : Il pensait de temps en temps à sa propre mort. Son corps serait incinéré, ses cendres enterrées. Son âme quitterait le village pour s’en aller vers le large. Puis, après un long voyage, il arriverait enfin à l’endroit de la mer où se rassemblaient les âmes des villageois. Elles constituaient un village au fond de la mer, où tout était clair et transparent. Les plantes aquatiques y formaient une forêt ondulante, et les rochers étaient couverts de coquillages nacrés.

C’est à partir de ce sommet que les feuilles rouges, comme les autres années, faisaient leur apparition avant de s’étendre progressivement aux autres le long des crêtes et de déferler soudain, avec la rapidité d’une avalanche, sur les pentes qui se coloraient en vermillon. Et la vague franchissait ensuite les profondes vallées pour parcourir les collines et arriver enfin à la montagne derrière le village. A ce moment-là, d’habitude, les feuilles mortes avaient déjà fait leur apparition sur les sommets dans le lointain.

Les avis de BMR et MAM, Choco et Dominique qui me l’a rappelé récemment.

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24 réflexions au sujet de « Akira Yoshimura, Naufrages »

  1. J’avais beaucoup aimé aussi. Tout ce que j’ai lu de cet auteur ne m’a jamais déçue, même si c’est effcetivement très sombre. Et ça me donne envie de me replonger dans la littérature japonaise !

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  2. Voilà bien longtemps que je n’ai pas lu de littérature japonaise après en avoir consommé à l’excès (entre 80 et 2000), j’ai noté tous les titres que tu cites, quand l’envie me reprendra, je saurai où aller ! 🙂

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  3. Il est très tentant, bien qu’il me paraisse vraiment très sombre (malgré une première de couv franchement magnifique). Il me fait penser aux naufrageurs de Bretagne, qui attiraient avec des lumières des navires sur des récifs. c’était assez pratiqué au XVIIIe siècle, et comme dans ton roman japonais, c’était sur les littoraux qui ne produisaient pas assez en terme de matières premières et où il y avait une grande misère. Bref, tout ça pour dire que les problématiques se recoupent souvent. Je le note, bien sûr…

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    1. J’avais déjà entendu parler de ces naufrageurs bretons, mais pour le Japon, je découvrais… dans ce roman, il prétextaient la fabrication du sel par évaporation… de nuit !

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