littérature France·non fiction

Philippe Claudel, Le bruit des trousseaux

bruittrousseauxL’auteur : Né en Lorraine en 1962, dans une famille d’ouvriers, Philippe Claudel a passé une agrégation de français. Il a choisi d’enseigner le français à la maison d’arrêt de Nancy et dans un centre pour enfants handicapés, en sus d’un poste de maître de conférence à l’université. Son premier roman est paru en 1999, il a reçu le prix Marcel Pagnol en 2000 pour « Quelques uns des cents regrets », le prix Renaudot en 2003 pour « Les âmes grises », le prix Goncourt des lycéens en 2007, le Prix des libraires du Québec en 2008, et le Prix des lecteurs du Livre de poche en 2009 pour « Le rapport de Brodeck ». Il est aussi réalisateur (« Il y a longtemps que je t’aime » en 2008) et directeur de collection chez Stock.
96 pages
Editeur : Stock (2002)
Existe en Livre de Poche

Pendant plus de dix ans, Philippe Claudel a donné des cours de français en prison, en maison d’arrêt plus précisément. Et dans ce petit livre, il raconte… L’auteur ne prétend pas dresser un tableau exhaustif de la prison, mais plutôt des fragments, des sensations, des paroles, des images qui ne soient pas des clichés. Il faut imaginer que la population carcérale est aussi diversifiée que la population de notre quartier, de nos trottoirs. Il y a même des vieillards et des enfants en prison ! Des tout-petits dont les mères ont accouché sur place, et qui restent avec elles jusqu’à dix-huit mois. Et puis, côtoyant les détenus, il y a les surveillants, les policiers, les avocats, les instituteurs, les visiteurs… On ne peut pas appeler ces courts chapitres des anecdotes, souvent les mots prennent à la gorge, rarement font sourire, parfois tout de même. C’est un témoignage qui n’égalera jamais, l’auteur le reconnaît bien volontiers lui-même, celui de quelqu’un qui a connu la prison, en y dormant. Lui y restait deux heures, puis ressortait. C’est tout autre chose.
Mais la plume de Philippe Claudel, ce qu’il réussit à faire passer entre les mots, apporte un éclairage bien utile sur une maison d’arrêt parmi d’autres, sur les tranches de vies qui s’y jouent, et c’est à lire, à défaut d’en tenter l’expérience. J’ai aimé les paragraphes courts et sans lien directs les uns avec les autres, plutôt qu’un regroupement thématique, ce qui aurait été possible, mais aurait fait un tout autre livre. En bon prof de français, Philippe Claudel se penche sur le vocabulaire particulier des prisons, mais surtout sur l’aspect humain, et il en vient parfois à oublier ce qu’il a appris fortuitement, qu’untel est là pour une bagarre terminée dans le sang, tel autre pour avoir tué sa mère.

Extraits : On ne devrait pas dire « gardien de prison » : les prisons ne sont pas à garder, ce ne sont pas elles que l’on garde. On devrait plutôt dire « gardien d’hommes », ce qui serait plus proche de la réalité. Gardien d’hommes, un drôle de métier.

Parfois, je rêvais de la prison. Ce n’étaient pas des scènes précises mais plutôt des bruits, notamment ces bruits de clefs et de serrures, si particuliers, que je n’ai jamais entendus ailleurs. Je rêvais de sons, d’odeurs aussi , d’appels criés et qui résonnaient dans le quartier. Dans ces rêves-là, je ne savais pas si j’étais un détenu, ou autre chose.

Mon temps terminé, je sortais de la prison. Je ne sortais pas de prison. Jamais je n’ai senti aussi intensément dans la langue l’immense perspective ouverte ou fermée selon la présence ou l’absence d’un simple adjectif défini.

Les avis de Cathe, Mimi Pinson, Sandrine, Val et Zazy.

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36 réflexions au sujet de « Philippe Claudel, Le bruit des trousseaux »

  1. Je l’ai lu début octobre à l’hôpital (d’ailleurs ça lui a donné une résonance particulière) et je n’ai pas fait de billet, je vais le relire, j’ai vraiment beaucoup aime. La magie Claudel qui fait passer tant de choses en peu de mots. 😊

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  2. Claudel c’est une écriture pour ce que j’en ai lu et des choses à dire. Je n’ai pas lu ce livre mais je l’ai entendu en parler de manière très convaincante

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  3. Toujours l’émotion sous la plume de Claudel. Je me souviens du billet de Val sur ce livre que je me suis promise de lire, Que ce soit des chroniques me convient d’autant plus. Évoque-t-il cette expérience d’enseignement ?

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  4. Ca ne m’étonne pas qu’il soit prof de français Claudel, il mesure tous ses mots (ça m’avait sauté aux yeux dans deux de ses romans). Je ne savais pas du tout non plus qu’il donnait des cours en milieu carcéral, et j’ai du louper des billets car il me semble que c’est le premier que je lis sur cet ouvrage. Entre nous, je trouve le titre franchement intelligent. Je note.

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  5. Ce témoignage me tente beaucoup, ado j’avais fait des ateliers d’écriture avec un homme qui en faisait beaucoup dans les prisons, et les textes qui en ressortaient m’avait bouleversée !

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