littérature France

Angélique Villeneuve, Les fleurs d’hiver

fleursdhiverL’auteur : Angélique Villeneuve, qui a vécu en Suède et en Inde, est née en 1965 à Paris où elle habite aujourd’hui. Elle est également l’auteur de Grand Paradis (2010), Un territoire (2012), de plusieurs ouvrages autour de la cuisine et d’un roman pour la jeunesse.
150 pages
Editeur : Phébus (avril 2014)

J’avoue être entrée dans ce livre, pourtant choisi sciemment à la bibliothèque, sur la pointe des pieds, enfin plutôt du bout des doigts et des yeux, parce que cela me semblait un roman typiquement féminin, un portrait de femme, porté par une écriture féminine, pour des femmes, et parce que ça n’est pas forcément mon genre de lecture préféré.
Jeanne travaille à domicile, elle fabrique des fleurs artificielles, et s’occupe de sa petite Léonie qui a trois ans et demi. Elle attend le retour de Toussaint, blessé dans les tranchées et soigné depuis au Val-de-Grâce. Toussaint lui a demandé de ne pas venir le voir, elle attend donc de ses nouvelles sans savoir quelle est l’ampleur de sa blessure. C’est un roman sur le difficile retour des hommes blessés, défigurés, mais aussi sur ce que la guerre a changé dans la vie quotidienne des femmes au cours de la guerre. Il y a un très joli passage que je n’ai pas noté sur l’avant et l’après, où Jeanne préfère ne plus penser à ce qu’était sa vie avant, ces souvenirs rendant trop difficile à supporter ce qu’est devenu sa vie après. Non que Jeanne ait été une petite bourgeoise, ni ait eu une vie particulièrement facile avant. Mais elle avait le soutien de ses proches, et surtout de son mari. Car même lorsque la famille se trouve réunie, il faut composer avec le mutisme et l’apathie de Toussaint, son visage toujours caché par un morceau de tissu, son isolement volontaire dans leur petit appartement sous les toits.
Les fleurs d’hiver est aussi et surtout une histoire d’amour. Jeanne ne veut pas renoncer à l’amour qu’elle portait à son mari, même si la guerre, et tout ce qu’ils ont vécu chacun de leur côté, les sépare, même s’il n’est plus tout du tout le même. La relation de Jeanne avec sa petite Léonie est aussi finement décrite, et avec sa voisine Sidonie, que les malheurs n’épargnent pas.
Eh bien, finalement, j’ai eu raison de le lire, ce livre, j’ai été touchée par le personnage de Jeanne, par sa force et son entêtement à retrouver une vie de couple, par une jolie palette de sentiments nuancés et une écriture en délicate adéquation avec le sujet. Une belle sensibilité qui me donne envie de retrouver à une autre occasion l’écriture d’Angélique Villeneuve.

Découvrez plutôt les extraits : Aussitôt après son admission à l’hôpital du Val-de-Grâce, Toussaint avait envoya une courte lettre à sa femme.
Je veux que tu viennes pas.
C’est ce qu’il avait écrit.
C’était clair, sans appel. Ça n’attendait pas de réponse, et d’ailleurs Jeanne n’en avait pas donné.

Lorsqu’elle travaille, Jeanne se transforme en une créature incroyablement maîtrisée, dont l’habileté concentrée, la minutie déliée ensorcelle ceux qui ont eu l’occasion de la voir à l’ouvrage. Elle est capable de fabriquer neuf cents pièces de coucous en une seule journée. Sous ses doigts apparaissent d’invraisemblables roses thé à l’opulence de laitues, dont la houle des pétales explose, entachée d’un scintillement de sang, de groseille.

Les avis d’Aifelle, Antigone, Cathulu, Clara, Gwen, Sandrine et Sylire.

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29 réflexions au sujet de « Angélique Villeneuve, Les fleurs d’hiver »

  1. C’est un point de vue de femme sur ce que la guerre fait aux individus, j’espère bien que des hommes le lisent aussi ! J’aime beaucoup également l’écriture d’Angélique Villeneuve, pleine de sensibilité.

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  2. Mon projet personnel pour 2015 : lire chaque mois un auteur non lu dont un (et même plusieurs parfois) livres traînent dans ma PAL. La délicieuse Angélique Villeneuve en fait partie (rencontrée en Salon, elle est adorable).

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  3. Ta réaction m’a fait sourire, et je me disais que moi-même qui me spécialise plutôt dans l’histoire de cette littérature écrite par les femmes, je n’aime pas du tout la littérature écrite pour les femmes, oeuvre souvent de charlatanisme, mais une écriture venant des femmes, témoignant de quelque chose d’elles ou de leur histoire qui s’inscrive pleinement dans la littérature et soit authentique. Je note cette auteure.

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    1. Je n’étais pas trop inquiète au vu de l’éditeur et des avis des copines, mais il m’est déjà arrivé de me retrouver seule à ne pas accrocher à une écriture féminine et sensible, parfois à cause de certains thèmes aussi.
      Tu peux lire cette auteure, tu devrais aimer.

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  4. bonjour Kathel
    je suis très touchée de votre lecture, et ravie de voir que le texte a réussi à vaincre vos premières réticences !
    Merci de votre soutien à mon travail et vivent les blogueuses, curieuses, passionnées, fidèles…
    🙂
    Angélique Villeneuve

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    1. Bonjour Angélique
      Vous pouvez bien sûr remercier les blogueuses qui m’ont fait découvrir votre roman. Je n’aurais pas forcément cherché à lire sans elles. Mes réticences ont été vite levées, le thème et l’époque me parlaient, et j’ai aimé que la sensibilité de vos mots soit associée à la véracité historique. J’avais un léger doute concernant les écoles maternelles, j’ai fait une petite recherche hier soir, elles existaient bien, et sous cette dénomination depuis la fin du XIXème siècle, et Pauline Kergomard. 🙂
      Bonne continuation à vous et à vos écrits, en espérant vous rencontrer sur un salon du livre.

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      1. vous étiez incluse dans les blogueuses que je remerciais, bien sûr!
        A bientôt, je l’espère aussi très sincèrement, dans un salon du livre ou ailleurs. Dans quelle région êtes-vous?

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      2. Je l’avais compris comme ça, c’est ma réponse qui n’était pas claire ! 🙂
        Je suis à Lyon, le prochain salon ou je pourrai aller sera sans doute la Fête du Livre de Bron… à moins d’une rencontre en librairie, mais j’avoue préférer les salons.

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  5. Ce roman avait tout pour me déplaire, je ne suis pas fan des la première guerre mondiale (mais je ne sais pas si la façon dont les auteurs la traite évolue car cela fait plusieurs romans sur le sujet qui me plaisent) et c’est un format bien court. Et pourtant, je l’ai adoré.

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    1. Nous avons souvent le même ressenti, enfin pas forcément pour tous les livres, mais quand tout le monde aime, il peut arriver que tu te sentes seule ou que ce soit mon tour, ou les deux ! 😀
      Pas cette fois, Angélique Villeneuve nous a convaincue toutes les deux !

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  6. Les romans sur ce thèmes ne manquent pas en ce moment et, on pourrait vite s’y perdre ou ressentir un ras-le-bol. Heureusement, ton billet donne très envie de s’arrêter sur ce roman délicat. Je note donc.

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    1. C’est vrai pour le thème, d’ailleurs, les images que je me formais de l’appartement, par exemple, ressemblaient à celles de Au revoir, là-haut. Mis je n’ai pas ressenti d’ennui ni de trop-plein. Je n’enchaînerai toutefois pas sur un autre roman se déroulant à cette période.

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  7. « Un roman typiquement féminin.. »; On pourrait penser que c’est de la misogynie et pourtant, c’est vrai, il y a une écriture féminine que je n’aime pas, qui ne me touche pas, qui est trop intellectuelle, trop ciselée, trop froide et qui cache souvent ,sous un style parfait, un vide… peu de choses à dire finalement! Manifestement, ce n’est pas le cas d’Angélique Villeneuve!

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    1. Tu as compris ce que je voulais dire… je me suis trouvé bien des fois devant des pages qui me laissaient de marbre, et pourtant bien écrites, mais froides… je suis un peu échaudée, depuis…

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  8. Ton premier paragraphe correspond exactement à ce que je ressens par rapport à ce roman, malgré toutes les bonnes critiques des copines blogueuses lues à son sujet. Mais je vois que tes inquiétudes ont vite été dissipées et ton billet + la lecture des commentaires ci-dessus m’encouragent à le lire (ce qui n’était pas jusque-là dans mes intentions, je l’avoue).

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    1. Je peux t’assurer que mes craintes ont été vite levées. Mais il est vrai que j’aime la période, que je pensais je ne sais pourquoi à ma grand-mère (à peine un peu plus jeune que Jeanne) et que le style m’a plu.

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  9. Je me souviens l’avoir noté suite à un billet sur un blog, je ne sais plus lequel. Mais comme toi, paradoxalement, je suis très méfiante par rapport à ce titre. Est-ce le titre? la couverture? Toujours est-il que ton billet me rassure, je peux y aller! Mais rien ne presse.

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  10. Que c’est gentil de la part d’Angélique Villeneuve d’avoir mis un commentaire sur ton blog !! J’ai beaucoup aimé « un territoire » d’elle et je me promets de lire ces « fleurs d’hiver » dont vous parlez toutes avec enthousiasme !!

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