littérature France·non fiction

Annie Ernaux, La honte

honteL’auteur : Annie Ernaux est née en 1940 à Lillebonne et a passé son enfance et sa jeunesse à Yvetot, en Normandie. Elle est née dans un milieu social plutôt modeste : ses parents étaient d’abord ouvriers, ensuite petits commerçants. Elle est successivement devenue institutrice, professeure certifiée puis agrégée de lettres modernes. En 1984 elle a obtenu le prix Renaudot pour un de ses ouvrages à caractère autobiographique, La place. Très tôt dans sa carrière littéraire, Annie Ernaux a renoncé à la fiction pour revenir inlassablement sur le matériau autobiographique.
142 pages
Editeur : Folio
Paru chez Gallimard en 1997

Une envie de sortir des sentiers battus, de mes sentiers battus, m’a poussée vers Annie Ernaux, afin que je ne puisse plus dire que ce n’est pas pour moi, sans l’avoir jamais lue. Ce n’est pas tout à fait un coup d’essai puisque j’avais commencé La place il y a fort longtemps, et lu Regarde les lumières, mon amour, beaucoup plus récemment. J’avais donc une idée de la démarche de l’auteure, et n’ai pas été surprise par sa manière d’entrer dans le vif du sujet et de disséquer ensuite.
Elle part donc d’un événement qui l’a profondément marquée : alors qu’elle avait douze ans, son père a essayé de tuer sa mère. Ça peut paraître exagéré, mais c’est réellement ce qui s’est passé. Annie Ernaux n’essaye pas d’entrer dans la tête de son père ou de sa mère, ni de chercher la cause exacte de ce monstrueux accès de colère, la psychologie d’autres personnes, même proches, n’est pas son matériau de recherche. Elle travaille sur elle-même, rassemble tous ses souvenirs, de menus objets autant que ce dont elle se souvient, pour reconstituer l’année 1952, et l’enfant, jeune fille en devenir, qu’elle était alors.
Ce qui est passionnant, c’est sa démarche de recherche dans sa propre vie, son utilisation même du vocabulaire de son enfance au détriment d’un beau style. J’ai été marquée par l’importance du temps qui passe dans les souvenirs, le temps de la semaine, les âges de la vie, l’avant-guerre et l’après-guerre… Le souci de respectabilité qui plombait tout, et qui occasionnait justement les pires sentiments de honte, est aussi une composante essentielle de ces années.
Il y a une certaine impudeur, mais surtout beaucoup de courage à se dévoiler comme ça, même quarante ans après. Je ne dis pas que je dévorerai tous ses écrits à la suite de celui-ci, mais j’ai apprécié la démarche, la brièveté, le retour dans les années cinquante, de retrouver des mots et des impressions oubliées. Je comprends ce qui peut plaire dans l’œuvre d’Annie Ernaux, et c’est déjà ça !

Extrait : Ce qui m’importe, c’est de retrouver les mots avec lesquels je me pensais et pensais le monde autour. Dire ce qu’étaient pour moi le normal et l’inadmissible, l’impensable même. Mais la femme que je suis en 95 est incapable de se replacer dans la fille de 52 qui ne connaissait que sa petite ville, sa famille et son école privée, n’avait à sa disposition qu’un lexique réduit. Et devant elle, l’immensité du temps à vivre. Il n’y a pas de vraie mémoire de soi.

Les avis de Brize et Cynthia.

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36 réflexions au sujet de « Annie Ernaux, La honte »

  1. Un livre de Annie Ernaux de temps en temps, c’est bien et même très bien pour certains, mais comme tu le remarques, je ne les lis pas à la suite! C’est quand même un peu sec et figé pour moi qui préfère plus d’imaginaire et de fantaisie.

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  2. J’ai lu Les armoires vides l’été dernier et ce livre m’a hanté de nombreuses semaines. J’ai terminé récemment La place et Une femme et l’effet produit a été le même.

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  3. Les Années est un livre qui ne peut que passionner quelqu’un de notre génération , Kathel ! Tout est là, tu vas retrouver plein de détails, de sensations , de façons de faire …c’est impressionnant . Annie Ernaux garde une certaine froideur et ne devient pas forcément sympathique au lecteur, mais c’est un travail littéraire remarquable, sans aucun doute

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    1. Elle ne cherche pas à se rendre sympathique, c’est sûr, c’est cela aussi qui la met à part de la production littéraire française… Il faut vraiment que je lise Les années, même si nous sommes plus jeunes qu’Annie Ernaux… 🙂 (et toi plus que moi)

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  4. Regarde les lumières m’a beaucoup déçue mais celui ci est un grand roman, du Annie Ernaux. Je pense qu’elle raconte son passé librement et « sans trop de honte » car elle a pris sa revanche .

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