littérature France

Thierry Beinstingel, Ils désertent

 

ils desertentL’auteur : Né à Langres en 1958, Thierry Beinstingel est cadre dans les télécommunications. Il a publié, aux éditions Fayard, Central (2000), Composants (2002), qui a reçu une mention au prix Wepler 2002, Paysage et portrait en pied-de-poule (2004) et C.V. Roman (2007).
260 pages
Editeur : Fayard (2012)
Prix Eugène Dabit du roman populiste

Dans la boîte, tout le monde connaît l’ancêtre « Ce qu’on sait de vous est résumé en un mot : l’ancêtre, celui qui a été le premier représentant de la boîte, à une époque où elle n’avait que deux employés, le patron et vous. », celui que la jeune cadre recrutée récemment est chargée de mettre à la porte. Pourtant, il fait bien son travail, et mieux que d’autres, mais c’est un signal que le responsable veut envoyer aux autres commerciaux, avec une froide logique qui appartient au monde de l’entreprise.
Ce monde, Thierry Beinstingel sait particulièrement bien le faire vivre, et j’ai beaucoup aimé sa manière de s’adresser à l’ancêtre avec un vous de respect et à la jeune femme avec un tutoiement mieux adapté. Le lecteur distingue ainsi avec facilité les chapitres de chacun, et ne s’égare jamais, ne craint pas non plus les dialogues inclus dans le texte ni les personnages désignés par des noms génériques : ta sœur, votre ex-femme, le grand patron… Les personnages gagnent en profondeur, leur vie personnelle prend forme, les rouages de l’entreprise accomplissent leur devoir, le drame se dessine, mais la fin n’est pas forcément celle qui est attendue.
Comme dans Retour aux mots sauvages, l’auteur excelle à décrire un univers qu’il connaît visiblement très bien. Son roman à paraître en août sur un journaliste envoyé dans un petit village de l’est de la France, pour enquêter sur le score exceptionnel qu’un parti d’extrême-droite y a réalisé, et intitulé Faux nègres, promet d’être passionnant aussi !

Extraits : Elle dit : Ils désertent. Et toi tu comprends « île déserte ». C’est seulement quand tu t’attardes sur la silhouette de la femme appuyée d’un air las sur la carrosserie du vieux break, indifférente aux enfants pourtant en plein soleil dans l’habitacle, scrutant l’immeuble bardé de pancartes « à vendre » ou « à louer ». C’est seulement à ce moment précis que tu comprends le véritable sens.

Rien, il ne se passait rien, votre voiture fonctionnait bien, rien à redire, rien à revoir, juste l’impérieuse envie de s’arrêter comme ça, pour rien, que tout cela cesse, vitesse, déplacement, juste parce que dans le soir, entre chien et loup, le bitume semblait devenir plus épais, plus consistant, étalé en flocons irréguliers, accrochant les premiers phares allumés, presque vivant, un pelage de fauve dans le mauve du crépuscule.

Les avis de Cathulu, Gwenaëlle, Mango et Véronique.

Liens vers le site de l’éditeur à propos du nouveau livre à paraître à la rentrée, et vers d’autres titres de romans ou témoignages sur les « Invisibles ».

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20 réflexions au sujet de « Thierry Beinstingel, Ils désertent »

    1. J’en avais recensé quelques uns dans le billet sur les « Invisibles » et encore ne s’agit-il pas toujours forcément du monde du travail. Et puis, il faut que ce soit bien écrit aussi…

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  1. La vie en entreprise, son intransigeance, ses paradoxes, sa dureté… on le vit au quotidien, pas sûre d’avoir très envie de retrouver tout ça dans un roman, même s’il semble être très bon… ou alors vraiment dans un moment de très grande pêche !

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