littérature France

Nathacha Appanah, La noce d’Anna

nocedannaL’auteur : Nathacha Appanah est née en 1973 à l’île Maurice. Elle descend d’une famille d’engagés indiens de la fin du XIXe siècle. Après de premiers essais littéraires à l’île Maurice, elle vient s’installer en France fin 1998, à Grenoble, puis à Lyon, où elle termine sa formation dans le domaine du journalisme et de l’édition. C’est alors qu’elle écrit son premier roman, Les Rochers de Poudre d’Or, précisément sur l’histoire des engagés indiens, qui lui vaut le prix RFO du Livre 2003. Son second roman, Blue Bay Palace, est contemporain : elle y décrit l’histoire d’une passion amoureuse et tragique d’une jeune indienne à l’égard d’un homme qui n’est pas de sa caste. Son écriture, comme chez d’autres écrivains mauriciens de sa génération, est sobre, sans recours aux exotismes, une belle écriture française d’aujourd’hui.
192 pages
Editeur : Folio (2009)

A l’approche du mariage de sa fille unique Anna, la narratrice, Sonia, se remémore son histoire avec Matthew, rencontré à Londres et parti sans savoir qu’elle était enceinte. Elle se rappelle aussi ses difficultés à élever seule une enfant, qui s’est montrée très tôt sérieuse et consciente de ses devoirs, alors que sa mère restait restait fantasque et imprévisible. De regrets en chagrins, de joies en moments de fantaisie, c’est avec délicatesse que l’histoire de Sonia se dessine sous les yeux du lecteur.
Sonia est écrivain, souvent plongée dans ses pensées, ou dans ses livres, et quelle lectrice boulimique ne se reconnaîtrait pas en elle ? Si cette lectrice est mère d’une grande fille, l’osmose est encore plus grande. C’est un petit moment d’intimité qui est partagé avec cette narratrice attachante. Comme elle, plutôt réfractaire à tout ce qui est mariages et cérémonies, j’ai préféré vivre cette journée par procuration entre les pages d’un livre, d’autant qu’elle est raconté avec énormément de pudeur et de sensibilité.

Extrait : Raconte un peu comment c’est, là-bas, maman ?
C’est Anna qui m’interrompt dans mes pensées sombres avec sa voix claire et posée. Je joue avec ma nourriture, comme le pire des garnements, j’écrase la quenelle, j’en fais une purée que je mélange avec de la sauce, ça en devient une bouillie que j’ai encore moins envie d’avaler. Je dis que je n’ai pas grand-chose à raconter, que mes parents sont tous les deux morts, que mon frère vit quelque part en Californie et que je ne me souviens plus de son visage. J’allais me taire mais, alors, je me souviens des fleurs. Je dis à Anna que les fleurs de mon pays sont les plus belles de la terre. Qu’elles ne sont en rien cultivées, plantées, elles jaillissent où bon leur semble. Elle sentent comme l’aube, le soleil, la nuit — y a-t-il un parfum qui a réussi à emprisonner cela ? Elles font des reliefs au ciel bleu, elles sont énormes, comme les hibiscus, fragiles comme les frangipaniers, effrayantes comme les langues de flamboyants, changeantes comme les goyaviers royaux au petit matin, enchaînées à jamais comme les fleurs du safran. J’ajoute que le jardin de Versailles, c’est de la gnognote à côté et ça fait éclater de rire Anna et Yves.

 Repéré chez Antigone, Athalie, Clara, Manu, Sylire et Theoma.

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33 réflexions au sujet de « Nathacha Appanah, La noce d’Anna »

  1. L’opposition entre les deux personnages est systématique si bien que si j’ai bien séduite par le personnage de la mère, sans aller jusque l’osmose, le personnage de la fille m’a agacée, voire plus … Le revers de la construction en noir et blanc, on prend parti …

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  2. Il me tente beaucoup, j’aime la couverture et le titre, et ce que tu dis de ce moment d’intimité mère-fille m’interpelle.

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