littérature France

Chantal Pelletier, Cinq femmes chinoises

cinqfemmeschinoisesL’auteur : Née à Lyon où elle a vécu jusqu’à l’âge de dix-neuf ans, elle étudie la psychologie. Elle est ensuite comédienne de théâtre à Nice, Bruxelles, Paris, tout en pratiquant différents petits boulots toujours liés à l’écriture. Juste après la publication de son premier roman, en 1976, elle devient, au théâtre, une des « Trois Jeanne », un trio féministe à l’humour décapant. Puis elle écrit des one-woman shows, des scénarii pour la télévision et le cinéma, et une vingtaine d’ouvrages (romans, essais, récits, poésie). Depuis 1997, elle écrit essentiellement des policiers. En 2011, elle publie chez Joëlle Losfeld De bouche à bouches, sur le goût.
136 pages
Editeur : Joëlle Losfeld (février 2013)

Tout d’abord, il ne s’agit pas ici d’un regroupement de récits de femmes chinoises, comme les livres de Xinran, Baguettes chinoises ou Messages de mères inconnues, mais bien d’un roman, d’un réalisme tout à fait saisissant. On rentre dans l’intimité de femmes chinoises, de générations et de milieux différents, cinq femmes dont les chemins se croisent, qu’elles soient mère et fille, belle-soeur, voisines ou amies. Une petite gymnaste part à quatre ans et demi subir un entraînement intense, une jeune fille rêve de devenir architecte, une veuve se retrouve à la tête d’un grand groupe immobilier, une autre sombre dans la dépression, un couple de femmes se forme…
Aucune de ces femmes n’est vraiment attachante, soit que la vie soit trop dure pour qu’elle-même ait le temps d’éprouver des sentiments, soit que son seul moteur soit l’argent, la réussite, l’ascenseur social. Leur destin raconté de façon sèche, relativement accéléré, n’aide pas non plus à s’attacher à ces personnages, mais en savoir plus sur l’émancipation de la chinoise moderne, les moyens de parvenir à une certaine autonomie, les contreparties à accepter, tout cela est vraiment passionnant, et pour cela il ne faut pas rater ce livre si on s’intéresse à la Chine. L’extrait ci-dessous concerne Xiu, la plus âgée des cinq femmes :

XIU
Née le 7 avril 1957 à Suzhou, province du Jiangsu

Xiu est enrôlée dans l’école de gymnastique à quatre ans et demi pour sa souplesse et sa pugnacité. Papa et maman la voient une fois par semaine, ils sont fiers, leur fille a été distinguée par la révolution mère de tous. Elle n’est pas la meilleure des soixante élèves garçons et filles, mais la plus disciplinée. On lui reproche de n’être pas assez menue, on l’aimerait plus fine, plus déliée et on l’étiré avec des poids pour l’allonger. Elle a droit à des portions moindres que celles des autres pensionnaires, dont aucun n’est pourtant nourri à satiété, il faut être léger pour supporter l’entraînement. Parfois, sa tête tourne après qu’elle a marché longtemps sur les mains. […] Quand elle va chez ses parents, elle ne manifeste aucune gaieté et ne se sent pas chez elle. Elle préfère l’école, les dix heures d’entraînement, le rythme des sauts, le crachotis de la musique, l’ordre militaire des dortoirs. Elle s’ennuie quand sa mère l’emmène sur un vélo-carriole où elle entasse papiers et cartons. Xiu n’aime ni les cris de sa mère appelant aux ordures, ni ces gens qu’elles croisent, renfrognés et pitoyables.

 

Noté chez Cuné.

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