littérature France

Patrick Pécherot, Tranchecaille

tranchecailleL’auteur : Patrick Pécherot est un journaliste et écrivain français, né le 11 décembre 1953. Il a exercé plusieurs métiers dans le secteur de la protection sociale. Ses premiers romans Tiuraï et Terminus nuit, publiés en 1996 et 1999 en Série Noire, traitent de sujets contemporains. Les brouillards de la butte (2002), Belleville Barcelone (2003) et Boulevard des branques (2005) forment une trilogie dans le Paris de l’entre-deux-guerres, de 1926 à 1941. S’ensuivent Soleil noir (2007) sur une histoire de braquage et Tranchecaille (2008) sur un conseil de guerre durant la Première Guerre mondiale.
Patrick Pécherot a écrit aussi des romans de jeunesse ainsi que des scénarios de bande dessinée.
320 pages
Editeur : Folio (2010)

La guerre dure depuis trois ans. Le soldat Jonas est au front lorsqu’il est accusé d’avoir tué son lieutenant. Dès le début, l’issue est connue, et tout le roman s’attache à dessiner le portrait de Jonas, portrait mouvant au fil des voix différentes qui l’évoquent, à charge ou à décharge, au gré des retours en arrière, dans les tranchées, au cantonnement ou lors d’une permission à Paris.
L’originalité du roman, qui n’est pas du tout un policier, comme la collection le laisserait penser, est de donner la parole à une multitude de personnages, jusqu’à une prostituée, un aumônier, une marraine de guerre, un garçon de café, et de faire lire des compte-rendus, des rapports, des interrogatoires… C’est aussi un risque pris par l’auteur, puisque cela retarde un peu le moment où le lecteur se sent vraiment pénétrer dans l’histoire. Si Patrick Pécherot n’a évidemment pas connu l’enfer des tranchées, il a beaucoup lu et digéré de belle manière Giono ou Barbusse, et donne à voir la guerre de façon plus abordable, sans doute, et qui ne démérite pas du tout.
Une fois bien entrée dans le roman, j’ai beaucoup apprécié la mosaïque de documents dont il est composé, les différentes voix, ayant chacune leur personnalité, leur langage fleuri (ah, les jolies expressions populaires ou argotiques qu’on a plaisir à retrouver !) ou plus recherché, et le portrait subtil et nuancé de Jonas : roublard ou naïf, arrogant ou tire-au-flanc ?
Autant Boulevard des branques, lorgnant de façon plus évidente, mais aussi plus artificielle, vers le polar, m’avait laissée sur le côté, autant j’ai trouvé de l’intérêt à l’atmosphère et à la construction de ce Tranchecaille…

Extraits : Le sarment a cédé sous le poids des corbeaux. Leur vol noir pique l’horizon de taches mouvantes. Détrempé, le sol s’est tassé, dégageant ce qui reste de vigne. C’est un bras. On le distingue à présent. Il est brisé. A hauteur du coude, il forme un angle improbable. A son extrémité, la main décharnée agrippe le vide. On dirait qu’elle lance un lambeau de prière. Ou un blasphème.

De l’autre côté de la rue, l’horloge de la gare marque cinq heures. Cela n’a pas la moindre importance. Le soldat l’a regardée parce qu’une horloge est faite pour ça. C’est un reste d’avant qu’il a conservé. Il en a, parfois, qui lui reviennent. Ce sont des renvois de mémoire. Des petits rots d’habitude. Comme le bouillon Kub qu’il a commandé.

D’autres avis chez Sandrine qui célèbre aujourd’hui l’anniversaire de l’auteur, chez Mot-à-motsCathe, ou Alain

 

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28 réflexions au sujet de « Patrick Pécherot, Tranchecaille »

    1. C’est très bien fait, mais un peu déroutant au début. D’autant que je l’ai lu en numérique, et n’ai donc pas eu le réflexe de feuilleter pour voir si ça durait comme cela sur tout le livre…

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  1. C’est déconcertant au début, mais original donc intéressant. Le lecteur se retrouve dans la même position que Duparc, celui chargé « d’enquêter », c’est habilement mené.

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  2. Je ne connaissais pas (ou du moins le nom ne m’évoquait rien, en zieutant sur le net, je me suis aperçue que j’avais en effet déjà lu des billets sur cet auteur) mais je regrette de ne pas avoir approfondi et donc découvert ce roman. Mais par sécurité et pour ne pas alourdir une PAL conséquente, je fais parfois l’autruche 😀

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