littérature Amérique du Nord·rentrée hiver 2013

Maria Semple, Bernadette a disparu

bernadetteadisparuL’auteur : Maria Semple a passé son enfance entre l’Espagne et les États-Unis, son père était scénariste. Après des études de lettres, elle a reçu une proposition d’Hollywood pour un scénario. Elle s’est alors consacrée à l’écriture télévisuelle. Après la naissance de son premier enfant et son emménagement à Seattle, elle s’est lancée dans l’écriture de romans. Bernadette a disparu est son deuxième roman, mais le premier traduit en français.
369 pages
Editeur : Plon (janvier 2013)
Traduction : Carine Chichereau
Titre original : Where’d you go, Bernadette

C’est vrai, Bernadette est agoraphobe et ne sort pratiquement jamais de chez elle, à tel point qu’elle délègue toutes les démarches à une assistante virtuelle vivant en Inde. C’est vrai, Bernadette ne supporte pas les parents d’élèves de l’école de sa fille qu’elle nomme « les bestioles ». C’est vrai, elle passe son temps au volant à insulter les conducteurs qui la précèdent. C’est sûr, l’immense maison où la famille a emménagé tombe pratiquement en ruine faute d’entretien. Pourtant, au fur et à mesure que son portrait s’affine, qu’elle apparaît, à l’inverse de ce qu’annonce le titre, Bernadette devient des plus attachantes, un personnage dont on regrette qu’il soit de fiction.
De manière très originale, c’est par différents documents, mails, notes et correspondances diverses que s’élabore le portrait de Bernadette, de son mari Elgin, chercheur génial chez Microsoft, de sa fille Bee qui n’a rien d’une adolescente ordinaire non plus.
J’ai adoré ce retour à Seattle, comme dans le (très différent de celui-ci) roman de Keith Sribner, L’expérience Oregon, auprès d’une famille à laquelle je me suis attachée, me demandant s’ils allaient réussir le voyage en Antarctique auquel tient tant leur fille. Les personnages secondaires sont décrits d’une manière plutôt féroce, mais sous la satire très drôle du milieu petit bourgeois de la côte nord-ouest des Etats-Unis, pointe quelque chose de plus universel : ne sommes-nous pas toutes des Bernadette, qu’une broutille pourrait faire craquer ? Le thème de la créativité, voire du génie, méconnus et étouffés, est très intéressant. En dire davantage serait vous priver de la jubilation ressentie à lire ce roman qu’il est vraiment difficile de lâcher une fois entamé !

Extrait : Il y a un an que je n’étais pas descendue en ville. Je me suis tout de suite souvenue pourquoi : le stationnement payant.
Non seulement il faut réussir à trouver une place (bonne chance !), se garer en épi en marche arrière (celui qui a inventé cette technique devrait être jeté en prison), trouver un horodateur qui n’est pas assiégé par un cercle aussi menaçant que répugnant de mendiants/clochards/drogués/zonards, ce qui vous oblige à traverser la rue, or vous avez oublié votre parapluie (c’est encore une fois vos cheveux qui trinquent, mais bon, comme vous avez arrêté de vous préoccuper de votre coiffure vers la fin du siècle dernier, c’est le cadet de vos soucis), ensuite vous glissez votre carte bancaire dans la machine (c’est un petit miracle si vous réussissez à en trouver une qui n’a pas été bouchée à l’époxy par quelque mécontent malintentionné), vous retournez à votre voiture (en repassant devant la horde susmentionnée, qui vous interpelle parce que vous ne leur avez pas donné la pièce en arrivant – et, oh, j’ai oublié de dire qu’ils sont tous flanqués de chiens galeux !), vous déposez le ticket à la bonne place (faut-il le mettre côté passager, à cause de la règle de l’épi en marche arrière, ou du côté du conducteur ? Je lirais bien la note inscrite au revers du ticket de stationnement, seulement je ne peux pas, car FRANCHEMENT QUI EMPORTE SES LUNETTES POUR VOIR DE PRES POUR SE GARER ?) et, pour couronner le tout, vous priez le dieu auquel vous ne croyez pas d’avoir encore la capacité mentale de vous souvenir de la raison pour laquelle vous êtes descendue en ville en premier lieu.
A ce stade, je regrettais déjà qu’un terroriste tchétchène ne puisse me tirer une balle dans le dos.

Comment pouvais y résister ? Aifelle, Brize, Cathulu, Choupynette, Clara, CunéKeisha et Lewerentz tour à tour, en avaient dit le plus grand bien ! 

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44 réflexions au sujet de « Maria Semple, Bernadette a disparu »

  1. C’est tout-à-fait ça, on s’attache énormément à Bernadette et il y a une belle évolution des personnages au fil du roman (voir la bestiole de voisine ..)

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  2. Ce livre me tente énormément : toute la blogosphère en parle en termes très positifs et élogieux. Il donne vraiment envie.
    Pour ma part, et après avoir lu ton billet sur le livre de Keith Shibner, je m’étais précipitée sur « L’expérience Oregon ». Mais hélas, je n’ai pas du tout accroché et ne me suis pas attachée à ce couple. Du coup, je l’ai revendu.

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  3. Je vois dans les commentaires que Sandrine (SD49) n’a pas accroché, zut, je croyais que, pour une fois, on était unanimes 😦 .
    Je note aussi la déception de Mimi pour Oregon et elle me rappelle que j’ai acheté et lu « Le détour », après avoir lu ton billet, mais je n’ai toujours pas fait le mien car ce roman a suscité chez moi des sentiments ambivalents, avec un certain malaise (le comportement de la femme par rapport au jeune homme). Mais je continue à y penser, à ce livre, donc le billet finira peut-être par venir.

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    1. Moi aussi j’aurais cru que ce livre faisait l’unanimité… cela n’arrive donc jamais ?
      « Le détour » était un peu plus « à risque », je ne l’ai par exemple pas gardé pour le prêter à mon mari, je sais qu’il n’aimerait pas.

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  4. Un petit tour hier soir chez ma libraire et hop !!! dans le panier. Je le commencerai quand j’aurai terminé la relecture « Des débutantes » de Courtney Sullivan. Ramené également « Emily » de Stewart O’Nan.

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