littérature France·rentrée hiver 2013

Catherine Locandro, L’enfant de Calabre

enfantdecalabreL’auteur : Née à Nice en 1973, Catherine Locandro vit à Bruxelles. Scénariste, elle publie son premier roman, Clara la nuit, qui remporte le prix René Fallet, en 2005. L’enfant de Calabre est son cinquième roman.
263 pages
Editions Héloïse d’Ormesson (janvier 2013)

Je dois les attirer, ou ce sont eux qui m’attirent, toujours est-il qu’un roman d’enquête familiale, sur fond bien sûr de secret de famille, m’est encore tombé entre les mains. Mais pas tombé des mains, ce n’est pas du tout le cas !
La quête de Frédérique au sujet de son père Vittorio, ancien combattant d’Indochine, part d’une photographie où il tient la main d’une femme qui lui est inconnue. Au dos de la photo, le cachet d’une agence de détectives la ramène dans la ville de son enfance où elle espère en connaître davantage sur la part d’ombre (qu’on me pardonne cette expression à la mode) de son père.
Le style agréable, la construction en forme de puzzle qui alterne les époques et les personnages, font qu’on se laisse bien emporter par la recherche de Frédérique. Sa vie personnelle et amoureuse m’a un peu moins emballée, les dialogues en particulier m’ont semblé manquer de naturel. Je précise que cela n’a rien à voir avec le fait que Frédérique préfère les femmes, par les temps qui courent, ça m’ennuierait qu’on m’imagine dans le camp des intolérants… Les passages sur Dien Bien Phu sont par contre forts et bouleversants. Dans les rues de Nice puis à Gênes, la ville des fantômes, la jeune femme va à la recherche de l’explication qui lui permettra de commencer vraiment à vivre sa vie, tant on a l’impression que l’épisode inconnu, trouvant ses origines en Indochine, l’empêche de progresser, d’enfin être elle-même.
On sent dans ce roman un vrai questionnement, une sincérité, une honnêteté entre les lignes qui effacent quelques petites maladresses, pour laisser une très bonne impression. 

Extrait : La jeune fille lui racontait des choses anodines. Sa vie de tous les jours. Mais elle le faisait avec application, n’omettant rien de ses longues heures de travail à la filature de coton, ou de ses sorties du samedi après-midi, lorsqu’elle retrouvait ses amies de l’usine au Caffè Mulassano, sous les arcades de la Piazza Castello.
Elle s’appelait Lidia et avait dix-neuf ans. Sa lettre, cinq feuilles rose pâle recouvertes d’une écriture régulière, détaillait au fil de lignes droites et sans ratures les gestes simples d’une existence ordinaire. Il avait le sentiment de lire une langue étrangère. Les mots résonnaient dans sa tête, il en murmurait certains, comme pour mieux les comprendre, mais ils demeuraient des sons vidés de leur sens. Ce qu’ils dépeignaient appartenait à un monde qui n’était plus sien. Lui vivait comme un insecte, sous terre, dans des alvéoles qui menaçaient à chaque tir d’obus de s’effondrer pour l’ensevelir. Une termitière à échelle humaine cernée de collines sombres.

Repéré chez Mimipinson et Sophie, lu dans le cadre de Dialogues croisés.

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16 réflexions au sujet de « Catherine Locandro, L’enfant de Calabre »

  1. C’est un titre que je retiens car l’histoire m’intéresse beaucoup et puis c’est vrai que la plupart des romans sont sur fond d’amours hétérosexuelles et je me dis que le fait que ce soient encore des amours tues n’aide pas à faire rentrer cette différence dans les mentalités. Il faudrait que cela entre dans la norme. Car en ce moment, on ne peut pas dire que certains esprits soient très ouverts.

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  2. Je suis contente de lire ton avis, je l’ai acheté suite à une rencontre en librairie (que j’ai ratée de moitié, hélas) Catherine Locandro est belle et douce… j’espère que son roman me plaira !

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  3. L’idée du puzzle dans le livre est intéressante et promet des surprises. Trouve t-on dans ce roman la chaleur et l’atmosphère particulière des régions méditerranéennes?

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