littérature France·livre audio

Delphine de Vigan, Les heures souterraines

heuressouterrainesL’auteur : Née en 1966, Delphine de Vigan est une romancière française. En 2007, No et moi reçoit le Prix des Libraires, puis Delphine de Vigan rencontre un large public avec Les heures Souterraines en 2009. En 2011, elle obtient plusieurs prix pour Rien ne s’oppose à la nuit. Toujours en 2011, elle co-scénarise le film de Gilles Legrand, Tu seras mon fils, avec Niels Arestrup et Lorant Deutsch.
6 heures d’écoute environ
Editeur : Audiolib (2010)
Lu par Marianne Epin
Existe en poche

En cette période de fêtes, vous êtes trop joyeux, euphoriques à l’idée des cadeaux, rendus gagas par l’abondance de chocolats, les moments partagés en famille vous rendent béats ? J’ai ce qu’il vous faut ! Le livre le plus déprimant que j’ai jamais lu, et pourtant la concurrence est rude dans le domaine littéraire ! Il faut que je vous avoue que je ne l’ai pas lu, mais écouté jusqu’au bout, et là, je dois rendre grâce au livre audio, je n’aurais sûrement pas eu le courage de tourner les pages pour lire ce qui attendait Mathilde et Thibault, tandis qu’une force irrépressible me poussait à remettre le CD dans le lecteur pour entendre le métro démarrer en vrombissant et écouter les protagonistes patauger dans leur déprime.
Deux personnages donc, au fil d’une journée, deux minuscules trajectoires dans un Paris grouillant d’anonymes lancés chacun vers un but indéterminé… Mathilde, tout d’abord, veuve et mère de trois garçons, prend son trajet quotidien vers l’enfer créé par un chef de service qui a pris en grippe celle qu’il a formée. Le harcèlement moral plus ou moins subtil dont elle est la victime la lamine et lui ôte toute force et toute tentative de réaction. Cette journée ne déroge pas à la règle instaurée par ce tyran d’entreprise, et s’avère même pire encore.
Thibault, médecin urgentiste, vient de se décider enfin à interrompre une relation qui ne lui apporte rien, et songe à ses moments avec Lila, qu’il doit maintenant considérer comme passés, c’est dire qu’il n’est pas au mieux de sa forme non plus. On a vraiment envie de dire avec ce roman : trop, c’est trop ! Thibault et Mathilde sont déjà englués dans un quotidien pas très drôle, était-il utile d’en rajouter en évoquant les suicides par métros interposés ou les solitaires qui meurent dans leur appartement et qu’on ne retrouve que plusieurs jours plus tard ? Il faut tout de même admettre que tout n’est pas des plus sombres, quelques membres de l’entourage de Mathilde tentent de l’aider, Thibault donne l’impression qu’il va s’en sortir assez vite, mais quand même…
Outre la force irrésistiblement déprimante de ce roman, j’aurais malheureusement d’autres reproches à lui faire : plusieurs fois, l’auteur revient sur l’aspect inhumain de la vie citadine, accusant la ville de tous les maux dont souffrent les personnages « La ville l’étouffe, l’oppresse. Il est fatigué de ses hasards, de son impudeur, de ses fausses accointances. Il est fatigué de ses humeurs feintes et de ses illusoires mixités. La ville est un mensonge assourdissant... » Ce discours martelé a heurté la citadine que je suis, qui aime la vie de quartier, la proximité des services culturels, l’animation de la ville.
Le style ne m’a pas tout à fait convaincue non plus. Je serais curieuse de savoir s’il s’agit d’un trait volontaire propre à donner un rythme à ces heures souterraines ou s’il se retrouve dans d’autres romans de Delphine de Vigan, je veux parler des martèlements de trois noms, trois verbes ou trois adjectifs souvent synonymes, qui reviennent sous la plume de l’auteur, et dont vous trouverez des exemples dans les extraits ci-dessous. Je n’ai pas aimé cet effet de style, trop appuyé à mon goût.
Bref, si je suis allée jusqu’au bout, je ne suis pas très enthousiaste et n’en fais pas une recommandation prioritaire…

Extrait : Combien de fois a-t-elle souhaité tomber malade, gravement, combien de symptômes, de syndromes, de défaillances a-t-elle imaginés, pour avoir le droit de rester chez elle, le droit de dire je ne peux plus ? Combien de fois a-t-elle songé partir avec ses fils, sans rien dire devant, sans laisser d’adresse, partir sur les routes avec pour seul bagage le montant de son livret A ? Sortir de sa trajectoire, recommencer une nouvelle vie, ailleurs.
Combien de fois a-t-elle pensé qu’on pouvait mourir de quelque chose qui ressemble à ce qu’elle vit, mourir de devoir survivre dix heures par jour en milieu hostile ?

Elle n’en parle pas. Même à ses amis.
Au début, elle a essayé de décrire les regards, les retards, les prétextes. Elle a essayé de raconter les non-dits, les soupçons, les insinuations. Les stratégies d’évitement. Cette accumulation de petites vexations, d’humiliations souterraines, de faits minuscules. Elle a essayé de raconter l’engrenage, comment cela était arrivé. A chaque fois, l’anecdote lui a semblé ridicule, dérisoire. A chaque fois, elle s’est interrompue.

Il voudrait être loin, en être plus loin. Il voudrait que le temps soit déjà écoulé, ce temps incompressible par lequel sa souffrance devra passer, six mois, un an. Il voudrait se réveiller à l’automne, presque neuf, regarder l’entaille comme une fine cicatrice.
Il s’agit d’organiser le temps jusqu’à ce qu’il puisse revivre.
Meubler, en attendant que ça passe.

Pour avoir d’autres avis : Liliba, conquise,  renvoie à un grand nombre d’autres billets, Mango,  déprimée, a abandonné !

Je remercie quand même chaleureusement Audiolib pour ce cadeau de Noël avant l’heure !

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33 réflexions au sujet de « Delphine de Vigan, Les heures souterraines »

  1. Plus je lis de choses sur cette auteur, et plus se confirme en moi l’idée que je ne la lirai jamais. Les extraits choisis sont terrifiants, je ne tiendrais pas 100 pages… et puis si son type n’aime pas la ville, il peut toujours venir goûter la campagne : la voiture pour aller chercher le pain, les voisins mesquins qui veulent tout savoir, pas de ciné, pas de librairies avant des kilomètres, et je ne parle pas de théâtres, l’odeur du purin et ces f* oiseaux qui vous réveillent au lever du soleil 🙂

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    1. Les extraits sont choisis dans les colonnes de Babelio, donc par des lecteurs qui ont aimé. Je connais assez tes goûts pour savoir que ce roman ne t’emballerait sûrement pas…
      Quant à la campagne, elle n’a pas que des charmes non plus, c’est bien ce que je me disais en arpentant mon quartier après avoir rédigé ce billet ! 😉

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  2. Eh ben dis donc c’est joyeux ^^ Je fais partie de celles qui en tourneront les pages un jour ou l’autre puisqu’il se trouve dans ma PAL.
    Mais je comptais d’abord m’attaquer à « Rien ne s’oppose à la nuit », à mon avis tout aussi hilarant…ahum…

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  3. Je l’ai lu par « obligation morale professionnelle », comme « Rien ne s’oppose à la nuit », d’ailleurs. On peut, même dans ce cadre-là, avoir de bonnes surprises … Ben, là, non, les deux fois. Ce qui fait que maintenant, ville ou campagne, je passe mon petit bonhomme de chemin …

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  4. Ce n’est pas la lecture idéale en cette période de fêtes, j’en conviens, mais personnellement, j’ai beaucoup aimé ce livre. Le monde du travail est bien décrit même si la situation décrite ici est extrême. Pour ce qui est de la ville, elle peut se montrer aussi inhospitalière que cela parfois, hélàs !

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    1. C’est trop extrême à mon goût, et j’aurais mieux compris que la ville montre un aspect difficile pour des gens dans le besoin, plutôt que pour un médecin et une cadre sup…

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  5. J’hésite toujours devant cette auteure, d’ailleurs j’hésite tellement que je ne la lis pas .. et ce n’est pas ton billet d’aujourd’hui qui va me convaincre de changer d’avis.

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      1. Je gagne quoi? Non, non, je rigole, là! (c’est vrai que j’étais matinale; mais tu sais quoi? je me suis remise au lit vers 8 heures pour un supplément dodo)(les vacances, c’est ça)

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  6. Pour moi, De Vigan, c’est fini. Rien ne s’oppose à la nuit m’a suffi. J’ai choisi La vie rêvée d’Ernesto G. comme cadeau de Noël par Audiolib. Je pense que ce sera moins déprimant. Et si l’envie te dit de participer au rendez-vous Ecoutons un livre, c’est tous les 16 du mois.

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  7. J’avais évité Rien en s’oppose à la nuit (malgré son superbe titre) pour deux raisons : on en parlait trop, et je n’avais pas envie de lire encore une histoire de mère absente ou peu aimante…
    Je tâcherai de me souvenir de ce rendez-vous, ma bibli a pas mal de livres audio !

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  8. J’ai bien aimé Rien ne s’oppose à la nuit et j’ai celui-ci en attente dans ma liseuse, donc je le lirai certainement. Mais rien ne dit que j’irai jusqu’au bout, s’il est aussi déprimant que tu le dis !

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  9. Je n’ai lu que « Un soir de décembre » et j’avais bien aimé. A mon avis, ce qui peut beaucoup faire pencher la balance, avec les livres audio, c’est la façon dont le texte est lu ou joué. Je suis en train d’écouter « Les joyaux du paradis » de Donna Leon; c’est une auteur que j’adore, l’histoire est bien, mais je n’ai pas du tout la façon dont le texte est lu. Pour cela, je trouve que les livres audio anglophones sont beaucoup mieux, car le texte n’est pas lu mais joué : plusieurs comédiens, bruitage et musique, etc., c’est souvent un régal !

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    1. Je me suis demandée en cours d’écoute si le ton de la comédienne qui lisait pouvait influer sur la morosité qui se dégage du texte… Je ne crois pas, car les extraits me semblent encore moins lisibles quand je les relis par écrit, dans ce cas, la lecture mettait plutôt le texte en valeur. Sinon, un texte joué, ce doit être autre chose !

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  10. Déprimant certes, mais tellement réaliste. Ce livre m’a captivée à sa sortie.
    Je vois que le livre audio aide pas mal de gens à aller vers d’autres livres et à les terminer. C’est mon cas aussi. je viens de lire Charly 9 en audio, et pas sur que le livre m’aurait autant plus en format papier, car l’interprête était vraiment génial !

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