littérature Amérique du Nord

Laura Kasischke, Rêves de garçons

L’auteur : Née en 1961 à Lake Charles, en Louisiane , Laura Kasischke est romancière, poétesse, et enseigne l’écriture à l’Université du Michigan. Son premier roman, A Suspicious River paraît en 1996 aux Etats-Unis. Elle a obtenu de nombreux prix, notamment et surtout en poésie.
247 pages
Editeur : Christian Bourgois (2007)
existe en Livre de Poche
Traduction : Céline Leroy
Titre original : Boy heaven

Dans les années 70, trois filles qui fréquentent un camp d’été pour pom-pom girls s’échappent pour quelques heures à bord de la voiture de l’une d’entre elles, avec comme projet une baignade au Lac des amants, réputé dans la région. Kristy, la conductrice de la Mustang rouge, est accompagnée de son amie Desiree, consciente d’être une très belle fille, et de la rousse Kristi, avec un i, qu’elles ne connaissent que depuis peu. Dans une station-service, elles croisent deux garçons de leur âge à bord d’une vieille voiture, et remarquent qu’elles ont attiré leur attention. Elles poursuivent toutefois vers le lac, mais quelque chose se passe en route qui va à la fois les réunir et les diviser. De retour au camp, Kristi semble aller mal, avoir des idées noires. Desiree, elle, se rapproche du jeune et beau maître-nageur du camp. Quant à Kristy, elle ne peut s’empêcher de se remémorer des épisodes de son enfance et de sa jeunesse, de manière morbide et obsessionnelle. Elle semble avoir toujours été attirée par les occasions de flirter avec les limites imposées par la prudence de sa mère.

Je n’ai jamais encore été déçue par les romans de Laura Kasischke, depuis A Suspicious River lu lorsqu’il est paru en français. Le thème de celui-ci me paraissait plus léger, ce qui me l’avait fait éviter jusqu’alors. Je me trompais lourdement, au contraire, sous le soleil, une angoisse s’installe, dont on ne sait trop d’où elle vient, à laquelle seule Desiree semble moins sensible. L’atmosphère des journées, accompagnée par le chant stridulent des cigales, devient de plus en plus lourde, oppressante, et le bloc compact d’obscurité des nuits n’est pas plus rassurant. Jusqu’à la scène et la révélation finale, étonnante et parfaite de maîtrise. Laura Kasischke excelle à se mettre dans la peau et la tête d’adolescentes plus soucieuses de leur popularité que des principes que leurs parents ont tenté de leur inculquer, et dans ce roman encore, elle fait très fort. Et n’oublions pas l’écriture, très maîtrisée aussi, que les extraits vous permettront d’apprécier.

Extraits : Tous les ans, on raconte des histoires autour du feu de camp. Au coeur de la flambée, il y a toujours une branche fine pourvue de mille aiguilles qui s’embrasent, rougeoient puis explosent tour à tour dans un sifflotement rapide avant de se flétrir.
Année après année, on répète les mêmes histoires – épouvantables, terrifiantes et véridiques -, et il y a toujours des filles pour se cacher le visage dans les mains pendant le récit.

Or c’est bien ma simplicité qui me rendait populaire. On m’élisait déléguée de ceci, de cela, de tout.
C’était ma récompense, le corollaire de mon charme et de mon amabilité. Personne ne s’y attendait. Si on est capable, en toute franchise, d’être sympa avec les filles moches, de sourires aux losers, aux débiles, de leur adresser la parole à la cafétéria comme s’ils étaient normaux, de proposer à quelques-uns de venir aux soirées même quand les copines font semblant de vomir pendant qu’on leur lit la liste des invités, alors les gratifications sont innombrables.

J’ai compris à cet instant que ce qu’on dit est vrai – on peut vraiment sentir le regard d’un garçon posé sur soi. Je savais qu’ils étaient là avant même que Desiree ne me les montre. J’avais senti leur regard – ces rayons chauds qui passaient sur mes jambes et mes seins tandis qu’appuyée sur la Mustang, je léchais mes doigts englués de sel et de caramel.

Malgré les avertissements de ma mère, il m’arrivait de jeter un coup d’œil au soleil (…), une source d’énergie bouillante et incommensurable dans le ciel, que je mourais d’envie de voir. 

Les avis d’Agathe, GwenaëlleMalicePapillonVéronique et Ys.

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28 réflexions au sujet de « Laura Kasischke, Rêves de garçons »

  1. ca me donne envie de continuer ma découverte de cet auteur qui arrive toujours à faire ressortir de la noirceur dans la société américaine aux dehors lisses !

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  2. Je n’ai lu qu’un roman d’elle, c’est souvent avec des ados américaines, non? Le mot « populaire » finit par me donner de l’urticaire, je sais, c’est idiot. En anglais on le dit, mais en français? D’un autre côté, comment le traduire?

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    1. Les personnages de Laura Kasische peuvent être aussi des mères de famille « bien sous tout rapport », encore une occasion d’ausculter la société américaine… Quant au mot « populaire », je comprends ton allergie, en primaire il n’a pas encore cours heureusement.

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  3. Je crois bien moi aussi que c’était mon 1er roman de Laura Kasischke et je l’avais adoré ! J’en garde encore un bon souvenir, très clair !!! Ah, la fin …

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  4. Enna a tout dit, j’en suis au même point. Si j’ai le temps de lire deux livres pour le challenge « Un mot, des titres », je lirai sans doute « Un oiseau blanc dans le brouillard » (j’aimerais en lire un plus ancien de ma PAL avant pour ce mot « blanc »).

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  5. C’est le seul de cette auteure que j’aie lu jusque là et j’ai adoré! J’ai aimé la poésie de son écriture, et j’ai été bluffée par la fin. J’ai été surprise de constater qu’en VO, le roman avait été publié dans une collection pour « young adult » (en même temps, ce n’est pas si incroyable). Tu sembles dire que tous ses romans sont de la même qualité, chouette!

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    1. C’est comme JC Oates dont certains romans sortent dans les collections jeunesse et font nos délices tout de même ! Ces deux auteurs ont d’ailleurs des univers un peu semblables.

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  6. J’aime vraiment beaucoup les romans de cette auteure, elle sait vraiment créer une atmosphère angoissante. Et la fin de celui-ci était particulièrement inattendue.

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  7. De cette auteur, je n’ai lu que « La couronne verte », j’en garde un très bon souvenir mais la fin escamotée m’avait terriblement déçue. Du coup, j’hésite à renouveler l’expérience 😉

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    1. J’avais beaucoup aimé « En un monde parfait » mais j’ai comme l’impression que tu ne vas pas être aussi enthousiaste. Peut-être devrais-tu le sortir de ta PAL pour vérifier cette impression ! 😉

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