littérature îles britanniques

Roddy Doyle, Paula Spencer

L’auteur : Roddy Doyle est un écrivain irlandais né en 1958 à Dublin. Il a grandi à Kilbarrack, un quartier populaire situé au nord de Dublin et étudié à l’University College de Dublin. Après avoir passé quelques années à enseigner, il s’est totalement consacré à l’écriture à partir de 1993. Il a écrit des romans mais aussi des pièces de théâtre et des scénarios pour le cinéma, ceux de La trilogie de Barrytown : The commitments en 1991, avec Alan Parker à la mise en scène, The Snapper, tourné par Stephen Frears en 1993 et The Van également par Stephen Frears en 1996.
306 pages
Editeur : Robert Laffont (mai 2012)
Traduction : Isabelle D. Philips

Je trouve étonnant de ne pas rencontrer plus souvent sur les blogs les romans de Roddy Doyle. J’ai eu une période où j’étais fan des atmosphères créées par les romanciers irlandais, et il me semble bien que c’est à Roddy Doyle que je la dois. Je passerai sur une tentative infructueuse de lire Dubliners de Joyce dans le texte (quelle idée, aussi !), mais en tout cas, bien avant de lire Nuala O’Faolain ou Joseph O’Connor, c’est dans la Trilogie de Barrytown que j’ai découvert la banlieue de Dublin, ses chômeurs, ses filles-mères, sa débrouille, ses familles où la vie n’est pas toujours rose mais où l’on sait prendre les choses avec humour. Et quel humour ! Peut-être connaissez-vous les films The van ou The snapper, et leurs dialogues vifs et inimitables ? On en retrouve la saveur dans ce roman, même si le thème peut sembler peu propice au sourire.

Paula Spencer était déjà au cœur d’un roman précédent, La femme qui se cognait dans les portes, sur le thème malheureusement universel des femmes battues. Elle est maintenant veuve, bien des années plus tard, et tente de se sortir d’une addiction très sévère à l’alcool. Elle peut être fière de plusieurs mois d’abstinence lorsque le roman débute, mais la tentation reste là, sournoisement tapie, malgré ou à cause de son entourage. De ses quatre enfants, deux vivent encore avec elle, mais elle affronte bien des difficultés avec sa fille de vingt-deux ans, alors que son fils de seize ans lui semble presque trop parfait, lui provoquant autant d’inquiétudes. C’est vraiment une nouvelle vie qui commence pour Paula, où chaque geste prend un parfum de découverte, de petite victoire, que ce soit retrouver le goût d’un fruit, ouvrir un compte en banque, acheter un petit carnet pour y dresser des listes, faire ses premiers pas en informatique avec son fils.

Malgré la rechute toujours possible, toujours présente à l’esprit de Paula, le ton reste assez optimiste, avec des dialogues pleins de vérité, d’humour, et des monologues intérieurs qui font ressentir de l’empathie pour Paula. Ajoutons à cela de beaux passages sur l’amour maternel, sur la culpabilité, sur le monde du travail, mais sans jamais rien de larmoyant, et vous obtenez un roman aussi émouvant qu’attachant, une plongée dans un Dublin en plein boom économique, aux côtés d’une Paula absolument inoubliable.

Extraits : Paula ne le lui avait pas expliqué. Qu’elle goûtait, qu’elle goûtait vraiment à quelque chose pour la première fois en – elle ne savait pas en combien de temps. En des années. Elle avait trop aimé ça. La sensation. Et elle avait aimé les crevettes. Et d’autres trucs qu’elle a mangé depuis. Le Tayto, fromage et oignons. Le café. Des tomates. La peau du poulet. Les Smarties. Elle a goûté à tout.

C’est peut-être la manière de fonctionner du cerveau pour se protéger. Il invente une nouvelle femme qui peut regarder en arrière pour s’interroger, au lieu de regarder en arrière pour hurler.

Lu aussi par Clara et Plaisirs à cultiver… 

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21 réflexions au sujet de « Roddy Doyle, Paula Spencer »

    1. Alors, cette fois, ma lacune, c’est Edna O’Brien… un essai (un de ses derniers, chez Sabine Wespieser) auquel je n’ai pas accroché. Il faudra que je refasse une tentative.

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      1. Je n’ai lu que La maison du splendide isolement, mais ça m’avait beaucoup plu (encore une belle découverte et une jolie couverture en 10/18…)

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