littérature France·nouvelles·rentrée automne 2012

Georges Flipo, Tous ensemble, mais sans plus

Rentrée littéraire 2012
282 pages
Editeur : Anne Carrière (octobre 2012)

Rien de tel qu’une petite louchée de nouvelles entre deux romans plus conséquents, à savourer tranquillement… Ah, non, pas celles de ce recueil ! Elles sont plutôt du genre à être englouties les une à la suite des autres, tels les carrés de chocolat d’une plaque qui n’a pas eu le temps de réintégrer le placard, comme en leur temps les nouvelles voyageuses de Qui comme Ulysse.

Le point essentiel étant qu’elles se laissent lire très aisément, tout en pointant des petits travers particulièrement bien partagés par nos contemporains. Racisme, misogynie, « grand écart » social, réactions aux différences quelles qu’elles soient, forment la toile de fond de ces nouvelles réunies sous une couverture évocatrice avec des pingouins formant des groupes mouvants et hétéroclites.

Dans bon nombre de ces textes, un individu tente de rester dans son petit cocon pour se protéger des autres, des vieux, des laids, des plus pauvres, des différents, et n’y réussit pas toujours parfaitement. C’est acide, mais pas dépourvu d’empathie avec les uns et les autres. Certaines nouvelles plus optimistes laissent heureusement un peu d’espoir en l’humanité. Beaucoup de sourires et quelques grincements de dents plus tard, on s’étonne de quitter avec regrets cette foule pas si sentimentale… A lire et à faire lire !

Extrait : Philippe sentit monter une colère muette et impuissante. Il ne pouvait évidemment plus faire un scandale et réclamer sa chambre pour lui seul, ce serait très désobligeant envers ce Kristofer avec tous ses k qui lui souhaitait la bienvenue. Il ne tenait pas à passer pour xénophobe, d’autant que le chirurgien qui devait l’opérer portait un nom imprononçable, genre tchèque ou slovaque, « mais il est français comme vous et moi », l’avait rassuré son médecin traitant. Kristofer Kask, lui, n’était certainement pas français, en tout cas pas comme vous et moi, il avait un affreux accent venu de nulle part, avec des consonnes finales qui claquaient et d’autres qu’il mouillait.
– C’est très joli, votre accent, vous venez de quel pays ?
– Je suis estonien, mais il y a longtemps que je vis en France.
– Ah, parfait.
Philippe avait hésité à ajouter « J’aime beaucoup l’Estonie », mais il s’en était abstenu, craignant que Kristofer lui demandât ce qu’il aimait en Estonie. Que diable y avait-il à aimer en Estonie ?

 

Merci aux éditions Anne Carrière, retrouvez d’autres avis chez Cathulu etKeisha

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