littérature France·rentrée automne 2012

Laurent Gaudé, Pour seul cortège

Rentrée littéraire 2012
L’auteur : Romancier, nouvelliste et dramaturge né en 1972, Laurent Gaudé publie son œuvre, traduite dans le monde entier, chez Actes Sud.
Il est notamment l’auteur de CrisLa mort du roi Tsongor(2002, prix Goncourt des lycéens 2002, prix des Libraires 2003),Le soleil des Scorta (2004, prix Goncourt 2004, prix Jean-Giono 2004), Eldorado (2006), Dans la nuit Mozambique (2007), La porte des Enfers (2008 ), Ouragan (2010), Les oliviers du Négus (2011) et Pour seul cortège (2012).
181 pages
Editeur : Actes Sud (22 août 2012)

« A qui appartiens-tu, Alexandre ? »
Commencer mes lectures de la rentrée littéraire par le roman de Laurent Gaudé me semblait une évidence, (pas pour tout le monde, je sais…) tant j’ai aimé ses précédents romans, mais je craignais un peu l’aspect historique, cette Antiquité lointaine à la fois dans le temps, dans l’espace, dans les mentalités… Pourtant, ces voix entrecroisées m’ont dès le début guidée et ravie, dans tous les sens du terme. Tout d’abord apparaît Alexandre, qui sent la maladie s’attaquer à lui, au cours d’un festin. Il ne sera plus à partir de ce moment ou presque, qu’une voix, guidant les pas de ceux qui veulent l’escorter jusqu’à sa dernière demeure. Puis Dryptéis, qui a souffert des actes de conquête d’Alexandre, jeune mère réfugiée dans un temple lointain, d’où elle sera contrainte de partir. D’autres voix, dont celle d’Ericléops, plus mystérieuse, les rejoignent ensuite et tissent une épopée à travers plusieurs pays, une quête épique qui sera le dernier voyage d’Alexandre.
C’est un coup de cœur que j’ai éprouvé, à la fois pour la langue très poétique, l’approche spiralaire des personnages et les évocations, couleurs, sons, odeurs… Finalement, la réalité historique importe peu, c’est d’un mythe tragique qu’il est question ici, de situations et de personnages hors du commun, en particulier Dryptéis aux pas de laquelle je me suis attachée, et qui m’a évoqué ce vers d’Aragon : « La femme est l’avenir de l’homme. »… Ce roman est un hymne à l’humanité dans ce monde antique qui était pourtant particulièrement impitoyable : « Le partage de l’empire, c’est à cela qu’ils pensent tous. »

Extraits : Elle fixe le paysage en contrebas et aperçoit enfin un filet de poussière qui s’avance vers eux. Les prêtres du temple se pressent sur les bords de la terrasse, tous curieux et inquiets. Pour l’instant, ils ne distinguent rien d’autre que la poussière au loin. Il faut attendre et les secondes sont longues. Elle ne quitte pas des yeux l’horizon. Ça ne peut pas être un homme seul. Il y a trop de poussière. Ce doit être un groupe. Ils approchent vite. Les prêtres attendent. Une agitation nerveuse s’empare d’eux. Ils fixent le paysage à leurs pieds, essayant de mesurer la distance qui les sépare du cortège qui approche. Le temple est accroché à la roche, suspendu dans les airs, relié au monde des hommes par un escalier unique qu’ils ont construit de leurs propres mains.

 

Il ne dit rien, cherche de l’air pour respirer. Est-ce que tout va s’achever ainsi ? Il a le temps encore de se poser la question. Les dieux ont-ils déserté Alexandre ?… Que se passera-t-il alors ? Il sent, là, à l’instant où la douleur le brûle, qu’il n’a pas de successeur, que tout l’Empire va bruire d’inquiétude et que personne n’est de taille à tenir l’immensité du royaume qu’il a forgé. Il veut danser encore pour oublier tout cela, danser car c’est la dernière fois qu’il peut le faire et il voudrait que cet instant dure toujours.

Ce n’est pas moi que tu attends, mais je viens, je me rapproche. Je me suis mis en route il y a longtemps de cela. Si tu savais, Alexandre… Tu seras étonné lorsque tu me verras, bouche bée. Je ne perds pas une seconde. Tu ne le sais pas encore mais le temps nous est compté. Je veux te voir à nouveau, j’ai tant de choses à te dire, Alexandre. Lorsque tu me verras, tu chancelleras. Tu répèteras avec incrédulité : « Ericléops ?… Ericléops ?… Est-ce que c’est bien toi ? » Oui. C’est moi. Je reviens à toi. J’ai tout l’empire à traverser mais rien, désormais, ne saurait plus me fatiguer.

Lu pour le coup de cœur des lecteurs VIP d’Entrée livre. D’autres avis  entre ses pages

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5 réflexions au sujet de « Laurent Gaudé, Pour seul cortège »

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