littérature Europe de l'Ouest·premier roman·rentrée automne 2012

Eugen Ruge, Quand la lumière décline

Rentrée littéraire 2012
L’auteur : Né dans l’Oural en 1954, Eugen Ruge est mathématicien de formation. En 1988, il décide de passer à l’Ouest et, depuis la Chute du Mur, il travaille essentiellement pour le théâtre et la radio comme auteur et traducteur. Il s’est inspiré de l’histoire de sa famille pour écrire son premier roman, Quand la lumière décline.
423 pages
Editeur : Les escales (23 août 2012)
Traduction : Pierre Deshusses
Titre original : In zeiten des Abnehmenden Lichts

 

J’ai une révélation à vous faire. Si j’en crois mes chouchous des précédentes rentrées littéraires (Le soldat et le gramophoneTerre des affranchisLa femme du tigreLéna), la littérature vers laquelle je suis spontanément attirée vient d’Europe centrale, ou d’Europe de l’est, ou évoque ces régions auxquelles, pourtant, je ne suis pas spécialement liée…
Bref, cette année encore, c’est un roman allemand, une saga familiale qui se passe en Allemagne de l’Est et en Russie, mais aussi au Mexique, qui me faisait de l’oeil, et grâce à Camille des éditions Les Escales,  j’ai pu le découvrir.
Roman familial assumé, précédé comme il se doit d’un arbre généalogique, ce roman parcourt en ordre dispersé trois pays et quatre générations, sans perdre un instant le lecteur au gré de l’apparition ou de l’absence de tel ou tel personnage. Le portrait de famille s’élabore par touches successives, de 2001 à 1952, puis 1989, les relations entre les uns et les autres se découvrent, s’affinent, se répondent en alternant les points de vue : celui du fils, puis de la grand-mère paternelle, puis du père, de la grand-mère maternelle… Le passage des grands évènements historiques du XXème siècle à Berlin Est est plus ou moins présent dans la narration, selon son retentissement sur l’histoire familiale. Pourtant la politique est une affaire d’importance dans la famille Umnitzer, et chacun reste envers et contre tout ferme dans ses convictions, même quand elles ne sont plus au goût du jour. L’auteur lève pudiquement et progressivement le voile sur les chagrins et les ressentiments qui entachent une harmonie familiale assez ténue, jusqu’au jour anniversaire du grand-père, en octobre 1989, où chacun aura l’occasion d’affronter ou de fuir les autres. Wilhem Powileit est en effet un membre politique éminent du régime, et la date de cet anniversaire, précédant de peu la fin dudit régime, permet de scruter l’évènement avec un intérêt particulier.
Certes, toutes les familles se ressemblent, et on peut le constater une fois de plus, tant on se sent tout de suite à l’aise dans celle-ci, mais les individus qui composent la famille Unmnitzer sont vraiment attachants, et j’ai été particulièrement touchée par les portraits des grands-parents, et par leur traversée de la deuxième moitié du siècle dernier. L’écriture pleine de force et de sensibilité leur donne une présence peu ordinaire. Ce premier roman est une réussite, et j’espère que la rentrée littéraire lui laissera toute sa place.

 

Extraits : Cela faisait dix ans exactement, au mois près qu’ils étaient revenus de 
Russie. Même ciel laiteux au dessus-des champs et quand on regardait bien, on 
voyait surgir ça et là les premiers bourgeons ; mais vu de loin, le
 paysage était aussi morne qu’aujourd’hui, les villages étaient tout aussi
 désolés, et Kurt se rappelait comment il avait regardé par la fenêtre du 
minibus ce qui était là-dehors et qui 
était son pays.

 

Quand elle fermait les yeux, elle savait déjà comment elle se sentirait à la fin de cette journée, elle sentait ses joues figées par les faux sourires, elle sentait les relents de mayonnaise qui remontaient de son estomac après qu’elle avait écumé le buffet par ennui, elle sentait le goût d’aluminium du cognac servi dans ces gobelets de couleur.
Quoiqu’il en soit, elle n’aimait pas aller chez ses beaux-parents et la seule idée de devoir y aller lui était désagréable. Elle détestait les meubles lourds et sombres, les portes, les tapis. Tout dans cette maison était lourd et sombre. 

 

Un grand merci à  l’éditeur pour cette découverte.

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