littérature France

Marc Dugain, Avenue des géants

368 pages
Editeur :
 Gallimard (avril 2012)

Trouver un américain au parcours exceptionnel et romancer sa vie serait-il un effet de mode en ce moment ? Ou simplement des coïncidences de lecture ? Toujours est-il qu’après John Edgar Hoover (déjà par Marc Dugain) puis  Claude Eatherly (par Marc Durin-Valois), voici Ed Kemper, qui apparaît ici sous le nom d’Al Kenner. Je ne manque pas de vous préciser comme  une autre blogueuse, qui a eu tout à fait raison, qu’il vaut mieux ne pas chercher à en savoir plus sur le personnage réel avant d’entamer ce roman. Sa construction étant habilement basée sur ce que l’on ignore, ce serait vraiment dommage d’en savoir trop. Même l’explication du titre vous demandera d’attendre quelques deux cents pages !

Ce que vous saurez dès le début du roman, c’est que Al Kenner, alors qu’il avait quinze ans, a tué de balles de chevrotine dans le dos sa grand-mère qui « l’empêchait de respirer » puis son grand-père, qui, d’après lui, ne saurait pas vivre sans son épouse… D’autres chapitres nous montrent Al quinquagénaire enregistrant des romans pour les aveugles, et ayant des velléités d’écrire pour raconter sa jeunesse. C’est donc son récit, sa voix, ses pensées, son absence de remords, son esprit que nous pénétrons. Etrange expérience que de devoir se mettre à la place d’un tueur à l’intelligence exceptionnelle et à la modeste taille de deux mètres vingt. Etrange mais passionnante, car on se demande de bout en bout du roman jusqu’où il va aller, avec ses rancoeurs et sa froideur. Le personnage de sa mère n’a rien à lui envier pour ce qui est de l’absence totale de sentiments, et sans excuser Al Kenner, cela fournit pas mal d’explications à son parcours tragique. Le reste de sa famille est assez particulier aussi. Mais le parcours d’Al est aussi l’occasion d’une plongée dans la Californie des années 60, les communautés hippies, les routes sillonnées de bikers…

Comme dans La malédiction d’Edgar, la subtilité du roman repose sur le choix du point de vue, Al ne disant que ce qu’il a envie de dire, prenant parfois ses distances avec la vérité, et ses louvoiements entretiennent le mystère jusqu’aux scènes finales. C’est une lecture addictive, et quand le narrateur admet à un moment qu’il commence un peu à tourner en rond, c’est à peine si le l’effet s’en faisait sentir sur le lecteur… Enfin, c’est un roman biographique, pas un thriller, et on peut supporter quelques moments un peu plus calmes !

Citations : Le jour où Lee Harvey Oswald m’a volé la vedette, rien n’indiquait dans cette partie de la Sierra Nevada que nous étions en novembre. Autour de la ferme de mes grands-parents, la nature était dégarnie mais les arbres qui parsemaient la colline d’en face ne changeaient pas de couleur en automne. La journée avait débuté comme tant d’autres.

Les bons critiques comprennent que la promenade de l’auteur autour du sujet est plus essentielle que l’essence de ce sujet. Il est là, l’authentique voyage de la littérature. Si on devait se taper des milliers de pages juste pour ce qui doit être dit, dites-moi quel serait l’intérêt ?

Il dit tout ça, sans élever la voix. Il est rare qu’il élève la voix. Ses colères s’épanouissent dans un caisson étanche. Quand il est en colère, il est le seul à le savoir. 

Lu aussi par Clara, DasolaGéraldineJosteinKeishaMalikaNadael, Ys.

 
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2 réflexions au sujet de « Marc Dugain, Avenue des géants »

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